Chronique à cloche-pied: 10 points communs entre une Belette et un Ado-j’existe

Depuis mon accident avec un VUSVL, je déambule à cloche-pied dans un charmant Club Med «tout inclus» de Rosemont (personnel incroyable et dévoué, location idéale au rez-de-chaussée, nourriture santé avec délicieuse sélection de biscuits, soins excellents, je lui accorde au moins 7 étoiles et demi sur 5!). J’ai aussi constaté avec effroi, que dis-je, horreur, qu’une Belette en convalescence partage plusieurs traits de personnalité avec  l’Ado-j’existe (aussi connu sous son nom latin l’Ado-ben-quoi-j’ai-l’droit) dont certains spécimens typiques prennent confortablement leurs aises dans l’autobus 45 Papineau!

1- Je monopolise la meilleure place; la céder? Pffftttt! En fait, j’en prends au moins deux, sinon trois, pour m’évacher m’asseoir… Je laisse aussi traîner une jambe, sinon les deux, dans le milieu du chemin.

2- Je trimballe  ma vie (qui tient à peu de choses, pour une fois – le sac est petit!) dans un sac à dos avec lequel je ne crains pas d’accrocher les imprudents qui oseraient occuper mon espace.

3- Je ne fais pas grand-chose d’utile ou de pertinent dans une maison. Si par miracle (Sainte-Débrouillardise, priez pour nous!), je me prépare un sandwich, je laisse tout traîner. Toutefois, je me garde une petite gêne et ne saupoudre pas de miettes dans la mayonnaise, je ne suis pas (encore?) rendue là.

4- Je pitonne toute la journée sur mon téléphone cellulaire, touchée par les bons mots et les gentilles pensées de mon adorable réseau amical… Ou simplement affligée d’un Trouble Obsessif Compulsif du «J’aime». Heureusement, personne ne me demande Kess tu fè? (Ça dépend… Est-ce que te rayer de mes amies-is immédiatement, jouer à la princesse ou admirer mon pied postuler pour devenir une animation de Montréal en lumières comptent comme réponses???) 

5- Toujours sur ma prothèse sociale, j’écoute des vidéos et je joue à des jeux sans mettre mes écouteurs. Ben là, je peux bien déranger mon fidèle personnel qui se distrait et se repose de moi en regardant l’Antichambre ou la Commission Charbonneau!

6- On m’a greffé des pantalons mous!!!

7- Le sommeil, à part quand ça dérange quelqu’un, c’est tellement surévalué!

8- Se laver, c’est vraiment une tâche herculéenne! Soyons écolos, ça gaspille de l’eau chaude, en plus!

9- Je change de vêtements et génère autant de lavage qu’une Barbie… La laveuse fonctionne à l’eau froide, elle!

10- Je pense que tout le monde est à mon service. Mais je dis merci, quand même!

Misère!! Heureusement, pour moi comme pour l’Ado-j’existe, c’est temporaire! Enfin j’espère.. Un Ado-j’existe ignore que ce genre de comportements n’a pas d’allure… Pas moi!!!

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Chronique Bonnes manières: Place des grands hommes*

– Amateurs de savoir-vivre, bonsoir! Ma question: est-ce que la courtoisie se perd? Belette Fournier attend vos appels!
– Madame Belette! Ben certain! Les jeunes pis leurs maudits sacs à dos!! Sont bruyants, impolis; stakause de leur maudite musique de dégénérés!
– Bon point, bon point, bonnnn poinnnnnt! Oui bonsoir?
– Oui, mais il y a les
 personnes âgées qui pensent que tout leur est du et qui donnent des coups de cannes dans les jarrets! Pis les gens de 30-40 ans ne valent pas mieux! Pis les jeunes enfants sont mal élevés! Pis parlez-moi pas des Baby-boomers!

On aime se croire parfait. L’enfer, c’est les autres! Hélas, malgré notre perfection, il nous est tous arrivé (oui, moi aussi!) d’être le grossier personnage ou simplement l’égoïste de quelqu’un. Le stress, la fatigue, la maladresse, les préoccupations peuvent en être la cause, surtout si on partage le parfum d’un inconnu.  Y réfléchir est déjà un bon début. Heureusement, l’autobus 45 Papineau propose de jolies scènes qui cultivent l’espoir en l’humanité.

Une mignonne jeune fille brochée-lunettée interpelle une dame âgée:
-Madame? Voulez-vous vous asssssirrrrrrrrrre?
L’intention est généreuse, elle a bon coeur, le pire est fait! Lui enseigner à conjuguer ses verbes devrait être d’une facilité déconcertante!

Une dame d’une autre âge, avec qui la vie semble avoir été aussi cheap que votre collègue qui collectionne les sachets de ketchup, monte dans l’autobus avec une canne et difficulté. Les gens autour restent assis; soudain, admirer ses lacets devient une activité hautement palpitante! Une dame assise à la belle tête toute blanche, visiblement plus âgée, lui pointe le siège surélevé derrière le chauffeur. Elle montre sa canne. Dame Blanche hoche la tête, se lève et marche à pas lents vers la place surélevée; elle grimace en montant la marche pour s’asseoir. Elles se sourient.

Un homme monte avec un ado d’environ 14 ans, style astrologique Attitude – ascendant blasé. Il s’affale sur un banc comme s’il venait de traverser l’Abitibi en gougounes. Son père lui tape sur l’épaule:
– Viens, Jonathan-Maxime. On va s’asseoir à l’arrière et laisser la place aux dames enceintes ou aux personnes âgées.
– Oh rapport, pourrrrqwâââ?
– Parce que c’est gentil, c’est poli. Parce que c’est ce que les gens bien élevés font. Parce que ça rend le monde dans lequel on vit, meilleur. Mais surtout, parce les hommes, les vrais, ceux dont on est si fier, font ça. Comme toi, mon gars. Viens.

* Patrick Bruel, 1989

Chronique de l’Étrange: Monsieur Baboune

45 Papineau, heure de pointe du soir. L’autobus-accordéon est bondé à un point tel que même Jean-Marc Chaput ou Kermit la grenouille (selon votre âge) trouveraient ça pénible. L’air renfrogné, Monsieur Baboune monte. Vraisemblablement, sa journée n’est pas une longue pause dans une boutique de brownies. Malheureusement.

Après avoir eu maille à partir avec sa carte mensuelle, il s’enfarge, non pas dans les fleurs du tapis, mais plutôt dans un panier d’épicerie. Sachez que la pizza surgelée est à très bon prix cette semaine, puisque le panier en déborde. Lorgner les sacs dans l’autobus 45 est toujours une bonne façon de connaître les spéciaux; même plus besoin de consulter les circulaires!

Il reprend son équilibre pour éviter de justesse la décapitation par raquette de tennis, méthode révolutionnaire à laquelle les émeutiers parisiens n’avaient même pas songé.

Une mer de sacs à dos se dresse devant lui. Monsieur Baboune prend une grande respiration et tel un quart-arrière au Super Bowl, fonce de l’épaule pour se frayer un chemin vers l’arrière.
– C’est ça, c’est ça, baissez-les pas, vos maudits sacs à dos!
C’est obéissant, un sac à dos. Un étudiant qui écoute sa musique trop fort aussi.

Monsieur Baboune entrevoit enfin l’Eldorado, une oasis dans sa journée qui aurait pu inspirer Lisa Leblanc. Rendu là, on est moins difficile et l’oasis consiste en un siège libre jonché de journaux gratuits. Mais il se fait coiffer fort cavalièrement au fil d’arrivée par une dame au téléphone, qui raconte son abcès é-pou-van-ta-ble dans le menu détail. Il finit par s’asseoir, mais pas encore assez loin de la dame, qui explique ensuite son affreux traitement de canal.

Un peu plus loin, montent un homme et Mignon Bambin, signe astrologique «terrible two» ascendant bacon, portant un chandail «Here comes troubles!!!» qui hurle et proteste vigoureusement contre la Convention de Villeray, qui interdit les biscuits avant le souper.

Le duo hurlant approche dangereusement. Monsieur Baboune sent le découragement mais surtout la migraine l’envahir… Quoi encore!?!

Ils prennent place…

À côté de la voleuse de siège au traitement de canal! Le sifflet coupé, elle met fin à son appel et fait des guili-guilis-c’est-à-qui-c’te-beau-ti-bébé-là à Mignon Bambin. Il arrête d’hurler et sourit de toutes ses trois dents… En bavant joyeusement sur la jupe de la dame.

Monsieur Baboune sourit. Il aurait pu jurer que Mignon Bambin venait de lui faire un clin d’oeil.