Chronique de l’étrange: Parlez-moi z’en pas, j’ai mal au pied!

Samedi soir, votre Belette préférée fait son petit bonne femme de chemin vers le métro pour emprunter la 45 Papineau. D’humeur joyeuse, elle transporte des galettes mais a troqué le petit pot de beurre pour une bouteille de vin blanc frais, des Doritos et une banane.

Mon loisir de supermarché? Lorgner ce qu’achète la personne devant moi à la caisse et imaginer que le tout va servir à créer un seul plat, comme dans Chopped ou Masterchef Australie. (Bonjour, mon nom est Belette et je suis émissionsdecuisinolique!) Le suprême de saumon aux fraises et antisudorifique au lilas printanier, une combinaison qui promet!!! Imaginez des Doritos à la banane et au vin blanc!

Je traverse la rue au feu vert quand ma sombre silhouette gracile de bonhomme Michelin, emmitouflée triple épaisseur, échappe au conducteur d’un petit VUSVL, un Véhicule Utilitaire Sport Vert Laid.

Mon pied droit a la malencontreuse idée d’être sur son chemin… Il roule dessus.

– Arrêtez! Arrêtez! ARRÊÊÊÊÊÊTEZ!
Le conducteur, un rocker hirsute et barbiché dans la soixantaine, au chandail à tête de mort et la moitié de son poids en médaillons, sort avec le regard effarouché d’un Bambi.

– Oh my God, oh my God! Are you all right??? I’m sorry!!!!!
– NO, I’M NOT ALL RIGHT, YOU’RE STILL ON MY FOOT!!!!!!
– Oh my God!!!

Son véhicule vert laid est comme stationné sur mon pied!!!
Retour au véhicule du rocker hirsute aux gants noirs, à motifs de squelette!
Marche arrière.
Mon pied mariton, enfin libéré, a un drôle d’angle et ma botte neuve garantie -40 est légèrement explosée sur le côté.

Avec le calme de Denise Filiatrault, toujours assise dans la rue avec mes sacs, propre comme une lutteuse dans la boue, je hurle:
-Appelez une ambulannnnnnce!

Ma vie est une Chronique!!! C’est pour ça que j’ai malheureusement manqué notre rendez-vous d’hier.

Maintenant, mon pied est fier d’appuyer l’initiative de Denis Coderre et ressemble au drapeau gai, enflure, cloches, douleur et béquilles en prime. Pourtant, vous allez peut-être me trouvez bizarre, je ressens énormément de gratitude.
Pour le bon samaritain qui a vite appelé les secours et m’a tenu la main.
Pour les pompiers, policiers et ambulanciers que j’ai rapidement eu à mes pieds.
Pour le personnel de l’Hôtel-Dieu, présent, compétent et gentil en ce samedi soir où, contrairement à Saint-Dilon, il y avait beaucoup à faire.
Pour les Jeux Olympiques et nos valeureux athlètes qui me coûtent moins cher que les infomerciaux durant mes nuits d’insomnie.
Pour mes amies-is qui ont vite fait une chaîne de textos pour m’offrir de l’aide.
Pour la technologie et les réseaux sociaux qui m’ont permis de recevoir bons mots, encouragements, visites et soutien de partout et de toute sorte.
Pour Papa et Maman Belette qui me gâtent outrageusement, allant même jusqu’à beurrer mes toasts et éplucher mes bananes!
Pour la chance que j’ai eu, ça aurait pu être bien pire! J’ai même sauvé la bouteille de vin!

Les médias parlent souvent de l’individualisme de notre société et de l’indifférence des gens… Ça me fait chaud au cœur de constater, encore une fois, qu’on les a fait mentir!