Chronique Courrier du Coeur: Des nouvelles de Blonde Inconnue Mystérieuse!

Vous avez été nombreux, surtout nombreuses, à vous passionner pour l’histoire de Coeur plein d’espoir dans la 45 Papineau. Ce jeune homme déterminé avait craqué pour une gente et jolie demoiselle blonde, dont le regard bleu pervenche ensoleillait ses matins… Malgré vos efforts (surtout) et les miens (un peu), ce délicieux récit romanesque à saveur d’autobus, loin du roman Harlequin classique, n’avait pas connu de dénouement.

Au lectorat jeunesse: Créée au Canada en 1949, Harlequin est une collection de romans d’amour en format sacoche publiés en 31 langues, faisant toujours rêver les femmes dans plus de 110 pays. La trame est généralement toujours la même et met en scène une femme intelligente et vive, souvent belle mais parfois vilain petit canard à repousse, ayant un urgent besoin d’une transformation beauté. Amèrement blessée par un ex sans scrupule parti avec son moule à quiche préféré, elle n’a besoin de personne (en Harley Davidson). Elle rencontre au bureau/congrès/usine au bord de la faillite/château délabré reçu en héritage/ranch du voisin, un beau ténébreux arrogant, un  peu louche. Elle le déteste au premier regard, lui la trouve superbe quand elle se fâche. Ils se chicanent, puis s’apprivoisent. Il fait taire ses craintes d’un baiser torride: «Chérie, laisse-moi t’expliquer!!». Elle comprend tout et commence à planifier son mariage en écoutant Canal Vie. Une vraie boîte de chocolats aux cerises pour l’âme!  Imaginez Twilight mais sans vampire, toujours avec un homme qui trouve les chemises totalement superflues.

Ô joie, Blonde Inconnue mystérieuse s’est manifestée! J’aurais voulu vous en parler en février, pour la Semaine internationale du Petit cœur après 9 heures (concept!!!!), mais j’ai eu un léger contretemps en forme de VUSVL… Elle a gracieusement et généreusement accepté que je vous donne de ses nouvelles (Merci!!). Imaginons que je lui ai prêtée ma plume colorée pour écrire un mot…

Allô Belette,

Me voici! Ça me fait tout drôle d’écrire ça, mais je me présente, Blonde Inconnue Mystérieuse!

J’ai lu ta Chronique et trouvé ça très mignon, mais ça m’a pris un long moment avant de réaliser que c’est bel et bien de moi dont tu parlais! La vérité a éclaté grâce à une perspicace amie commune. Bon, tu n’as été très généreuse sur les détails (une sorte de Rénald Paré de l’information pertinente) et je ne crois pas que tu aies un grand avenir comme détective ou variante, mais je ne te ferai pas de reproche, surtout depuis que tu imites à la perfection le flamant rose de Rosemont.

Je sais que bien des gens rêvent d’être ainsi reconnus et remarqués dans un lieu public… J’ai été très flattée, mais comme je suis d’un naturel discret, j’étais surtout intimidée de tant d’attention! Je ne savais pas trop comment ni quoi répondre, d’où mon silence. Mon cœur n’est pas à prendre et je ne voulais pas blesser qui que ce soit.

Je salue l’imagination et l’audace dont a fait preuve ton correspondant anonyme pour t’écrire et entrer en contact avec moi, je l’en remercie! Son initiative prouve aussi que le romantisme et la galanterie existent toujours et ça, en cet hiver long comme les séries éliminatoires, c’est une excellente nouvelle pour tous les cœurs pleins d’espoir!

Amicalement,
Blonde Inconnue mystérieuse

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Chronique Foule sentimentale: Ma préférence à moi*

45 Papineau, soirée tranquille. Beaucoup de gens sont absorbés dans leur bulle technologique personnelle, à part la version maxi de Grincheux, dont je vous ai déjà parlé sur la page Facebook. Toujours vêtu de son manteau jaune canari et d’une tuque pointue rouge cette fois, il lit un livre intitulé «Imparfait, libre et heureux». Avec son sourire en année sabbatique, je devine qu’il ne s’agit pas de son autobiographie non-autorisée.

Parmi les gens hors-bulle, une dame fixe ses propres doigts avec l’attention que mériteraient les fesses de Claude Legault. Plus loin, un petit garçon dont les joues et le front ont mangé du spaghetti ce midi, teste sa capacité à parler sans respirer ET la patience de sa mère : JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonnerrrrrrrrrrrr?
Prions pour qu’il ne descende pas au boulevard Henri-Bourassa!

Au centre, un homme ambidextre échevelé prend frénétiquement des notes au stylo Bic sur ses deux mains. Plus du style thèse de doctorat ou «Guerre et paix» que «N’oublie pas la p’tite à la garderie» ou «Rappeler Maman». À ce rythme effréné, ses manches de manteau vont aussi afficher complet très bientôt.

Au fond, un jeune couple se fait face en se tenant la main. Elle a environ 17 ans, lui peut-être 20 et semblent bien différents. Jolie et à la mode avec ses longs cheveux noirs méchés, Eloïsa est volubile et fait tinter ses bracelets en parlant. Plus timide, un peu Geek, Bruno, ou plutôt Brrrrouunô comme elle l’appelle, l’écoute avec intérêt raconter son cours de danse hip-hop. Ils blaguent ensemble. Ils sont vraiment mignons. Elle s’arrête brusquement.
– Quoi?
– Tou es beau, Brrrrouunô!
Elle se penche et lui caresse la joue. Il rougit jusqu’à la racine de ses cheveux blonds et bombe subtilement le torse, deux effets secondaires usuels d’un compliment de notre amour. Il l’embrasse tendrement sur le bout de son nez percé-diamanté et empoigne leurs deux sacs. Ils se lèvent pour descendre.

Je peux alors voir que Brrrrouunô a une tache de naissance, catégorie «pas drôle – personne ne mérite ça», qui couvre son oeil droit et presque toute sa pommette. Mais notre Geek un peu timide a du charisme et de l’humour, il est galant et gentil. C’est tout ce qu’Eloïsa voit. C’est tout ce qu’il y a à voir.

Merci Eloïsa! Cette fois, c’est Belette qui prend des notes.

* Julien Clerc, 1978

Chronique Foule sentimentale*: Un câlin, Mister T.?

45 Papineau, fin de journée. Que vois-je? Incroyable, c’est le sosie amélioré de Mister T.! Jeune et mince, il porte de discrets bijoux et son ardeur au gym lui donne un sculptural corps de dieu grec, mais africain. Il arbore surtout la même célèbre coiffure que l’original! Selon des sources d’une fiabilité douteuse, c’est la crête des guerriers d’une tribu d’Afrique de l’Ouest, les Mandingues.

Au lectorat jeunesse: Mister T. est une solide pièce d’homme qui porte autant de bijoux qu’une dame allant au bingo. Lutteur américain imposant, acteur semi-muet des années 80, personnalité engagée, il a surtout fait carrière comme spécialiste en onomatopées, en bagarres, en BD et en Bubble heads.

Vous voilà cultivés et bien renseignés, ne me remerciez pas, tout le plaisir est pour vous!

Mister T. est complètement absorbé par sa lecture. Le magazine Passion Triathlon? Biceps et cie?

Non.

Les 5 clés du bonheur amoureux.
Pourquoi y a-t-il toujours 5 clés? Proposer la clé universelle, voilà qui sauverait le monde du désarroi amoureux, un coeur esseulé à la fois.

Le petit livre bleu poudre est corné, on dirait qu’il a subi la prise du petit paquet.  Mister T.  lève les yeux au ciel, complètement étranger aux badauds qui l’entourent mais totalement présent avec une personne douloureusement absente.

Face à nous est assise, je devrais plutôt dire échouée, une superbe jeune femme noire. Enceinte jusqu’aux yeux de 6 couples de jumeaux, elle flatte doucement son énorrrrrme ventre et murmure pour ses bébés à naître, de tendres mots d’amour.

Mister T. souffre au fil des pages lues et relues.

Belle Mamma fredonne une berceuse aux mélodies d’un chaud lointain pays.

Discrètement, Mister T. s’essuie les yeux avec son écharpe. Sans bruit, une larme coule sur sa joue.

Belle Mamma appuie sur la sonnette et essaie de s’extirper de son siège. Je me lève et lui tend la main en souriant. Alors que l’autobus nous rend souvent allergique aux autres ou tristement méfiants, elle prend ma main tendue. En se levant, elle me sourit et jette un oeil complice du côté de Mister T.

Elle sait. Leurs regards se croisent.

Son doux regard brun exprime la bonté pure… Sèche tes pleurs, Mister T. Ça va bien aller. Tu verras. Après la solitude et les larmes, il y a l’espoir et un jour, de l’amour.

Et 12 enfants qui courront partout.

Mister T. esquisse un fragile sourire et la salue de la tête.

Oui, il y a de l’espoir.

* Alain Souchon, 1993