Chronique Dose de cute: Les anges dans nos campagnes

Autobus 45 Papineau, 17 h 30. Sous le choc du récent changement d’heure, les gens maudissent le ciel déjà couleur d’encre. On pourrait jurer qu’il est minuit-l’heure-du-crime et les dames âgées se cramponnent à leurs sacoches.

Toute mignonne, Jeune fille en fleur manque de mains. Avec son sac à lunch, son gros sac à dos, son sac de vêtements de danse et ses mitaines, elle échappe tout et peine à s’asseoir. On dirait Mr. Bean avec des tresses et une jupe à carreaux, dont elle a aussi le calme et la patience.

Face à elle, une jeune femme d’environ 25 ans au regard sévère ne peut s’empêcher de rire. Demoiselle de l’ombre porte des vêtements aussi sombres et glauques que la nuit. Son maquillage digne des clowns de Muriel Millard camoufle presque, c’est dommage, sa grande beauté et ses yeux verts lumineux.

Au lectorat jeunesse: Chanteuse, comédienne et artiste de variétés, Muriel Millard portait le surnom de Miss Music-Hall. On lui doit une chanson classique du temps des fêtes, Les Vieilles maisons, que Maman Belette fera immanquablement jouer au réveillon, après Le Noël des petits oiseaux d’Angèle Arsenault. En fin de carrière, au lieu d’animer des émissions de cuisine comme plusieurs Has-been, elle s’est mise à la peinture. Ses clowns poudrés souvent tristes mais toujours terrifiants valent cher et ont acquis une renommée qui dépasse les frontières… Et me dépasse tout court.

Elle tend à à Jeune fille en fleur ses cache-oreilles puis engage la conversation gentiment. Tout les oppose mais elles fraternisent. Une école privée est responsable de la jupe à carreaux et des cours de danse, mais Jeune fille en fleur est encore au primaire, malgré son maturité.

Un peu plus loin, Jeune fille en fleur prend son téléphone cellulaire dans sa poche:
– Maman?
– (…)
– Oui, j’approche de l’arrêt, là. Il fait noir, crois-tu que tu pourrais venir me chercher, svp?
– (…)
– Non, je comprends. Ok. Ça ne me dérange pas. Ok. Vraiment, vraiment pas. Ok. Ok. Bye.

L’aplomb disparu, son regard s’est assombri, sa lèvre inférieure tremble un peu. Elle soupire et commence à ramasser ses bagages. Demoiselle de l’ombre lui sourit.
– Descends-tu à la prochaine?
– Oui.
– Moi aussi. Tu vas de quel côté? Je vais marcher avec toi.

Dans les années 80, inspirés par une initiative new yorkaise, des citoyens bénévoles coiffés de bérets rouges et appelés Anges gardiens patrouillaient le métro de Montréal pour rassurer les usagers et contrer la criminalité. Si ma fabuleuse mémoire pour les faits inutiles m’est fidèle, l’étrange personnage d’Elvis Laurier dans le téléroman Peau de banane, interprété par un jeune, mince, inconnu, pauvre et humble Normand Brathwaite, en était un. Remplacés par des agents de sécurité officiels (et payés), les Anges ont disparu discrètement. Heureusement, des anges, parfois cornus avec des ailes de tôle (pour citer Michel Tremblay) se glissent encore dans le transport en commun, sans béret. Ouf! – ça, c’est quelque chose qui ne va pas bien à tout le monde, comme le jean skinny, qui sied bien en général si et quand on l’est.

Chronique de l’Étrange: Prendre un verre de bière mon minou

Autobus 45 Papineau, jeudi soir de début d’hiver. Une jeune femme aux cheveux longs mange du pad thaï avec des baguettes, dans une mignonne boîte de carrtrrron ornée de pagodes. Son cellulaire sonne; elle a les baguettes en l’air au propre comme au figuré. PLOUF! Triple vrille dans la boîte!!! D’un air découragé, elle repêche le téléphone dans la sauce du bout des doigts. Non, elle n’imite pas Madame-en-bon-uniforme et son cellulaire noyé dans le yogourt aux pêches! (Déception) Elle l’essuie plutôt mal que bien sur sa besace en cuir-de-St-Côme-mort-de-peur et tente de rappeler, démontrant ainsi les vertus revitalisantes de la sauce aux arachides.

Plus loin, un homme et une femme, début cinquantaine, voyagent ensemble mais trouvent plus amusant de s’asseoir l’un derrière l’autre et d’écouter chacun leur musique. Ils essaient quand même d’avoir une conversation à fort volume, ponctuée de Kessé tu dis là?, de Lâche mes écouteurs, fatigant! et de Oui, mais j’te parle!

Précisons tout de suite qu’ils ont eu un début de soirée bien arrosé et leur vocabulaire est truffé d’une quantité phénoménale de jurons, que je n’oserais jamais répéter ici, par crainte de me faire frotter les oreilles avec vigueur par Maman Belette. Je vais donc les remplacer par un titre de chanson de Noël. Pourquoi? Parce que j’ai sorti mes CD de Noël hier et je partage mon trépignant fardeau de chantonner Fa lalala lalala sans arrêt depuis!

– Vive le vent! Y va donc ben pas vite, le chauffeur, Mon beau sapin! Non mais tsé, Adeste Fideles, ça paraît qu’y a pas bu 6 bières, lui, l’Enfant au tambour!
–  Les anges dans nos campagnes que t’es fatigant, t’avais juste à y aller avant de partir, Sainte Nuit !
– Petit Papa Noël, j’suis allé, mais faut que j’y retourne, Douze jours de Noël!
– L’Père Noël, c’t’un québécois!
– J’vas aller demander au chauffeur pas vite, D’où viens-tu Bergère!?

L’homme se lève, sort son ton poli du dimanche et va s’adresser au chauffeur:
– Scusez-moi, môssieur, kessé vous faites quand vous devez aller aux toilettes, vous?
– Oh, moi je sais ce que je ferais. Mais ce n’est pas la même chose que vous. Pourquoi?
– Mettons que je veux descendre pis y aller, pouvez-vous m’attendre?
– Non, vous devez attendre le prochain bus, malheureusement.
– Ben là! Y fait frette pis ça me tente pas! Si j’descends pis j’y va là-là pendant la lumière rouge, vous êtes ben obligé de m’attendre? Vous allez pas partir sua’ rouge pour me laisser sur le trottoir les bijoux d’famille à l’air?!
– (réprime un petit rire) On peut dire ça.
– Bon ben, j’y va!

L’autobus freine à un arrêt, la lumière devient rouge. Pendant que sa compagne rigole, Monsieur Pressé vole hors de l’autobus et entreprend de satisfaire son besoin primaire sur l’abribus, juste devant le restaurant Chinois-canadien-italien-license complète-Bienvenue aux dames.

Petit appel de phares et l’homme a tout juste le temps de remballer la marchandise avant de remonter.

– Ça bergers! Au moins, j’ai eu le temps d’en sortir la moitié! Envoye, pèse sua suce, j’suis pressé, Minuit Chrétiens!

Malgré ses manières
Un peu particulières,
Chapeau à ce petit rigolo
Assez sage pour ne pas prendre son auto!

Chronique Bonnes manières: Place des grands hommes*

– Amateurs de savoir-vivre, bonsoir! Ma question: est-ce que la courtoisie se perd? Belette Fournier attend vos appels!
– Madame Belette! Ben certain! Les jeunes pis leurs maudits sacs à dos!! Sont bruyants, impolis; stakause de leur maudite musique de dégénérés!
– Bon point, bon point, bonnnn poinnnnnt! Oui bonsoir?
– Oui, mais il y a les
 personnes âgées qui pensent que tout leur est du et qui donnent des coups de cannes dans les jarrets! Pis les gens de 30-40 ans ne valent pas mieux! Pis les jeunes enfants sont mal élevés! Pis parlez-moi pas des Baby-boomers!

On aime se croire parfait. L’enfer, c’est les autres! Hélas, malgré notre perfection, il nous est tous arrivé (oui, moi aussi!) d’être le grossier personnage ou simplement l’égoïste de quelqu’un. Le stress, la fatigue, la maladresse, les préoccupations peuvent en être la cause, surtout si on partage le parfum d’un inconnu.  Y réfléchir est déjà un bon début. Heureusement, l’autobus 45 Papineau propose de jolies scènes qui cultivent l’espoir en l’humanité.

Une mignonne jeune fille brochée-lunettée interpelle une dame âgée:
-Madame? Voulez-vous vous asssssirrrrrrrrrre?
L’intention est généreuse, elle a bon coeur, le pire est fait! Lui enseigner à conjuguer ses verbes devrait être d’une facilité déconcertante!

Une dame d’une autre âge, avec qui la vie semble avoir été aussi cheap que votre collègue qui collectionne les sachets de ketchup, monte dans l’autobus avec une canne et difficulté. Les gens autour restent assis; soudain, admirer ses lacets devient une activité hautement palpitante! Une dame assise à la belle tête toute blanche, visiblement plus âgée, lui pointe le siège surélevé derrière le chauffeur. Elle montre sa canne. Dame Blanche hoche la tête, se lève et marche à pas lents vers la place surélevée; elle grimace en montant la marche pour s’asseoir. Elles se sourient.

Un homme monte avec un ado d’environ 14 ans, style astrologique Attitude – ascendant blasé. Il s’affale sur un banc comme s’il venait de traverser l’Abitibi en gougounes. Son père lui tape sur l’épaule:
– Viens, Jonathan-Maxime. On va s’asseoir à l’arrière et laisser la place aux dames enceintes ou aux personnes âgées.
– Oh rapport, pourrrrqwâââ?
– Parce que c’est gentil, c’est poli. Parce que c’est ce que les gens bien élevés font. Parce que ça rend le monde dans lequel on vit, meilleur. Mais surtout, parce les hommes, les vrais, ceux dont on est si fier, font ça. Comme toi, mon gars. Viens.

* Patrick Bruel, 1989

Chronique de l’Étrange: Exercice à la barre

Autobus 45 Papineau, 17 h 30. Christophe, 4 ans, voyage avec son père. À côté d’eux, une étudiante avec de la peinture sur le nez transporte une couverture de déménagement et une oeuvre, catégorie «euh, merci, c’est fin, mais j’ai vraiment pas de place». Juchée sur sa couverture pliée sur le banc, elle tient sa toile sur ses genoux. On a donc l’impression fugitive qu’une muse de Picasso à quatre yeux et aux cheveux mauves de 6’5" prend l’autobus.

Au lectorat jeunesse: Peintre, dessinateur et sculpteur espagnol, Pablo Picasso fait partie des artistes les plus importants du XXe siècle. Le pauvre, penserez-vous, il a raté les grandes inventions modernes, dont les chaussures à velcro, le DVD et la pizza-pochette. Il est reconnu comme le fondateur du cubisme, à ne pas confondre avec le cube Rubik. Ces deux concepts partagent toutefois une passion pour la forme carrée et le fait que les morceaux (cubes ou parties du corps) sont jamais rarement dans le bon ordre.

Christophe regarde la 2e porte arrière de l’autobus-accordéon, inaccessible, ceinturée de ruban jaune «Défense d’entrer».  Il est donc interdit d’entrer dans une sortie!

– Papa! Pourquoi on ne peut pas sortir par cette porte-là?
– Peut-être que les barres sont défectueuses?

Ah, les barres d’ouverture de portes! Souvent dignes d’un vaudeville, nombreuses sont les techniques de «Sésame, ouvre-toi!» (Quelqu’un sait ce que le sésame vient faire dans l’histoire, d’ailleurs?)
Il y a Monsieur Pressé, qui brasse la barre en grognant, comme si ça allait accélérer le processus. La dame au chapeau, qui effleure la barre trop doucement. L’ado qui veut impressionner ses amis et frappe trop fort. Le mime qui tâte un mur imaginaire. La dame qui danse «La Macarena». La personne qui ne sort pas souvent et regarde juste la barre en fronçant les sourcils. La jeune femme un peu pompette qui, confondant barre et poteau, s’y adosse lascivement. Technique plutôt efficace; la porte s’ouvre et la danseuse d’un soir tombe à la renverse sur le trottoir si ses amies ont bu trop de martinis litchi pour la retenir. Très divertissant!

– Papa, qu’est-ce qui arrive quand la barre marche pas?
– Ça empêche la porte d’ouvrir. Moi, j’ai entendu parler d’un monsieur, Gaston, qui voulait sortir et la barre ne fonctionnait pas. Il n’a pas pu descendre et l’autobus a continué à rouler et rouler encore, sans s’arrêter! Quand Gaston est descendu, il a vu le Pôle Nord, les ours polaires et…  Le Père Noël!
– Wow, chanceux! Y’était rendu au Carrefour Laval!!!

Chronique Foule sentimentale: Ma préférence à moi*

45 Papineau, soirée tranquille. Beaucoup de gens sont absorbés dans leur bulle technologique personnelle, à part la version maxi de Grincheux, dont je vous ai déjà parlé sur la page Facebook. Toujours vêtu de son manteau jaune canari et d’une tuque pointue rouge cette fois, il lit un livre intitulé «Imparfait, libre et heureux». Avec son sourire en année sabbatique, je devine qu’il ne s’agit pas de son autobiographie non-autorisée.

Parmi les gens hors-bulle, une dame fixe ses propres doigts avec l’attention que mériteraient les fesses de Claude Legault. Plus loin, un petit garçon dont les joues et le front ont mangé du spaghetti ce midi, teste sa capacité à parler sans respirer ET la patience de sa mère : JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonnerrrrrrrrrrrr?
Prions pour qu’il ne descende pas au boulevard Henri-Bourassa!

Au centre, un homme ambidextre échevelé prend frénétiquement des notes au stylo Bic sur ses deux mains. Plus du style thèse de doctorat ou «Guerre et paix» que «N’oublie pas la p’tite à la garderie» ou «Rappeler Maman». À ce rythme effréné, ses manches de manteau vont aussi afficher complet très bientôt.

Au fond, un jeune couple se fait face en se tenant la main. Elle a environ 17 ans, lui peut-être 20 et semblent bien différents. Jolie et à la mode avec ses longs cheveux noirs méchés, Eloïsa est volubile et fait tinter ses bracelets en parlant. Plus timide, un peu Geek, Bruno, ou plutôt Brrrrouunô comme elle l’appelle, l’écoute avec intérêt raconter son cours de danse hip-hop. Ils blaguent ensemble. Ils sont vraiment mignons. Elle s’arrête brusquement.
– Quoi?
– Tou es beau, Brrrrouunô!
Elle se penche et lui caresse la joue. Il rougit jusqu’à la racine de ses cheveux blonds et bombe subtilement le torse, deux effets secondaires usuels d’un compliment de notre amour. Il l’embrasse tendrement sur le bout de son nez percé-diamanté et empoigne leurs deux sacs. Ils se lèvent pour descendre.

Je peux alors voir que Brrrrouunô a une tache de naissance, catégorie «pas drôle – personne ne mérite ça», qui couvre son oeil droit et presque toute sa pommette. Mais notre Geek un peu timide a du charisme et de l’humour, il est galant et gentil. C’est tout ce qu’Eloïsa voit. C’est tout ce qu’il y a à voir.

Merci Eloïsa! Cette fois, c’est Belette qui prend des notes.

* Julien Clerc, 1978

Chronique Mode de l’étrange: La frénésie du mou

45 Papineau, soirée pluvieuse et venteuse où porter la moumoute extra-velcro est aussi incontournable qu’une mère qui envoie des vidéos de minous. Vu que l’Halloween dure aussi longtemps que le Carnaval, Passe-Montagne version 25 ans est assis à ma gauche. Il aime les papillons, mais il en voit aussi…

Ah, Passe-Partout, cette version éducative de Vivre à trois!  Pourquoi les enfants (dont je suis) qui l’ont écoutée avec passion n’ont jamais questionné son absence de bon sens? Trois personnages sans âge, accoutrés bizarrement, qui vivent dans une maison sans murs, avec trois meubles jaunes, sans revenus, ni parents!  Personne pour leur dire de porter un casque pour se baigner 30 minutes après avoir mangé!!! 😉 De nos jours, ça fait longtemps que la DJP serait intervenue! Chose certaine, ça doit être à cause de Passe-Partout que les lofts épurés sont devenus si populaires…

Mais je m’égare!

À ma droite, une femme avec un sac à main assez grand pour y cacher une poivrière de chez Pacini et un sac réutilisable à grosses fleurs, porte un pantalon de jogging. Mou et rouge! À la regarder, elle n’a rien de la joggeuse essoufflée, mais tout de la travailleuse contente de rentrer.

Si j’étais un pantalon de jogging, je m’insurgerais contre la procédure, hurlerais à la fausse représentation et à l’usurpation d’identité! Il a été tabletté! Aucun coureur (in)digne de ce nom n’en porte! Votre beau-frère qui s’adonne à la course juste pour impressionner sa nouvelle flamme? Même pas!

Jadis condamné à la piste d’athlétisme ou aux magasins Au Coton, le pantalon mou est sorti du placard pour envahir la sphère publique, civile. Comme le leggins improbable! Pas pour courir au dépanneur contrer LA catastrophe matinale nationale (i.e. manquer de lait pour le café), non! Pour travailler! Magasiner! Visiter des gens! Et ça se propage! Ça manque parfois d’élégance, mais surtout de leadership et de confiance en soi. Imaginez-vous la mairesse de Lac-Mégantic, le Président Obama ou le Parrain de la mafia exercer leurs fonctions en pantalon mou? Aucune autorité, ni aucune crédibilité!

Peut-être est-ce l’automne, les résultats électoraux ou le vocabulaire des candidats d’Occupation Double, mais les gens ont besoin de douceur, de chaleur, de réconfort. À défaut de se cacher sous leur doudou comme Linus dans Snoopy, ils la portent en pantalon. Je comprends. Mais je vous souhaite de ne plus en avoir besoin. Parce que je vous aime bien. Et parce que parfois, ça a vraiment l’air fou!

Chronique Mode: Halloween incognito

Après la récente marche des Zombies, l’Halloween approche! Toutefois, parmi les vampires d’un jour, la bibliothécaire en costume d’hôtesse de l’air ou le barbier déguisé en p’tit gros des Classels qu’on verra dans l’autobus 45 Papineau, se glissent incognito, des pros. Des vrais.

Au lectorat jeunesse: Les Classels était un groupe de  «rock n’roll yé-yé québécois» (merci Wikipédia, ta définition est savoureuse!) des années 60. Imaginez une version yé-yé francophone de One Direction, dont les membres seraient habillés tout en blanc, chaussures, cheveux et instruments inclus. Vous devriez entendre un de leurs succès, « Le sentier de neige », dans les centres d’achats dès la semaine prochaine(!).

Il y a les jolies Pocahontas d’Ahuntsic, portant tresses et bottes à franges toute l’année. La chic dame aux courbes ultra-généreuses, à qui la robe longue en lamé doré donne l’allure d’un Ferrero Rocher, un mardi matin à 8 h!

Le jeune homme aux cheveux savamment décoiffés qui porte son pantalon de pyjama de flannelette Angry Birds avec l’assurance d’un jeune premier bien réveillé. Le vif soixantenaire à casquette, veste et pantalon de cuir, avec une opulente collection de croix et de médaillons en argent. Il doit faire sonner le détecteur de métal de la maison de retraite!

L’homme au macaron du parti Rhinocéros, ce qui explique son spectaculaire chapeau haut-de-forme transpercé d’une corne de… rhinocéros! Les apprentis-sorciers de 7 à 77 ans qui portent des lunettes d’Harry Potter.

La jeune femme toute mince qui arbore fièrement un énorrrrrrrrrrrme manteau en poils de gorille mort de peur, assez large pour abriter 14 de ses amies. La version féminine et sexy du Capitaine Cosmos, à bottes hautes, toute vêtue de lycra couleur argent. Que fait-elle dans la vie? Bond Girl? On m’a confirmé que le lycra argent moulant ne répond aucunement au code vestimentaire de l’Agence spatiale canadienne.

Entre deux sémillantes cinquantenaires au toupet bleu électrique et vernis à ongles parfaitement assorti, on voit la dame habillée en velours «chamarré» avec des paillettes savamment dispersées. On dirait qu’elle a déshabillé son sofa des années 80 pour se faire une robe!

Cette semaine, la beauté de la chose pour les gens aux goûts discutables ou excentriques ou qui ont simplement oublié de faire le lavage, c’est qu’ils vont se fondre dans la foule. Pour une fois, ils auront l’air «normaux» et d’avoir bon goût. Soyez patients, messieurs, dames! Cette Marilyn au grain de beauté qui décolle ou ce pirate des Caraïbes à moumoute (Pfffft! Amateurs!) ne vous voleront pas la vedette bien longtemps!

Chronique Cute: Un Cupidon au chandail de Spiderman

45 Papineau, mardi soir. À bord, les grands yeux bruns et l’air espiègle (gentil synonyme de «tannant»), Markus, 5 ans. Une mignonne princesse haïtienne potelée, sa soeur Camélia, 6 ans, est assise à côté de lui. En face, leur maman converse avec une cousine. Markus est complètement fasciné par son voisin de banc. Il s’agit d’un jeune Emo, au long toupet en diagonale d’un noir de jais, «noir à lèvres», manteau sombre et multiples bracelets.

Pour faire changement, avis au lectorat… «d’un autre âge»: Imaginez une version punk du Pierrot mélancolique, portant plus de maquillage que Michèle Richard et des bijoux dans plus d’orifices que Monsieur Patate. Vêtu de noir, un Emo a toujours le toupet dans les yeux. Mères du monde entier, prenez des notes: pas de barrette, pas de collage de toupet avec un peu de salive. On se garde une petite gêne!

Markus a une idée. Après l’accrochage de fanal, les salles de danse, les bars, les sites de rencontres, voici la version Markus du «speed dating», le «bus dating».

– Camélia! On trouve une amoureuse à mon ami ici! Qui??
– Hum…. Pas Maman… Pas Clara… Pas la madame avec une canne…
– Non.
– La fille aux cheveux blonds?
– Non, elle rit comme un cheval. Ah ouiiiiii! Elle!!!

Il s’adresse à une brunette en tailleur dans la jeune quarantaine, une boîte de pâtisseries sur les genoux.

– Allô Madame!
– Allô!
– Est-ce qu’ils sont tous pour toi, tes gâteaux?
– Pourquoi tu me demandes ça?
– C’est mieux de partager. Tu vas avoir des grosses fesses, ça te prend un amoureux! Est-ce que tu as un amoureux, Madame?
– (crampée) Hé non!
– Regarde mon ami ici (il pointe Emo), il pourrait être ton amoureux!?
– (amusée) Pourquoi pas! Tu penses qu’il me trouverait de son goût?
– Ah oui, t’es belle! Et je suis sûr qu’il aime les gâteaux! On va lui demander!

(La dame pâlit – Markus s’adresse à Emo)

– Salut! Aimerais-tu que la belle madame ici soit ton amoureuse?

(Elle vire au rouge écarlate, arborant un élégant teint «enseigne de salon de barbier»)

Heureusement, Emo ignore tout des intentions du Cupidon au chandail de Spiderman. Ses écouteurs sur les oreilles, il se contente de sourire gentiment à Markus, qui gigote d’excitation sur son siège.

– Camélia!!! Il a dit ouiiiiii!!!!!!
– (elle chante) Pom, Pom, PO-POM! Pom, pom, PO-POM!!!!

DING!

La dame est sauvée par la cloche, juste avant d’être fiancée avec Emo, de 20 ans son cadet. Il sort de l’autobus, sans savoir qu’une charlotte, ou un millefeuille, s’offrait peut-être à lui ce soir-là.

– Salut Monsieur à la belle cravate! Aimes-tu les gâteaux, toi?

Chronique de l’Étrange: Monsieur Baboune

45 Papineau, heure de pointe du soir. L’autobus-accordéon est bondé à un point tel que même Jean-Marc Chaput ou Kermit la grenouille (selon votre âge) trouveraient ça pénible. L’air renfrogné, Monsieur Baboune monte. Vraisemblablement, sa journée n’est pas une longue pause dans une boutique de brownies. Malheureusement.

Après avoir eu maille à partir avec sa carte mensuelle, il s’enfarge, non pas dans les fleurs du tapis, mais plutôt dans un panier d’épicerie. Sachez que la pizza surgelée est à très bon prix cette semaine, puisque le panier en déborde. Lorgner les sacs dans l’autobus 45 est toujours une bonne façon de connaître les spéciaux; même plus besoin de consulter les circulaires!

Il reprend son équilibre pour éviter de justesse la décapitation par raquette de tennis, méthode révolutionnaire à laquelle les émeutiers parisiens n’avaient même pas songé.

Une mer de sacs à dos se dresse devant lui. Monsieur Baboune prend une grande respiration et tel un quart-arrière au Super Bowl, fonce de l’épaule pour se frayer un chemin vers l’arrière.
– C’est ça, c’est ça, baissez-les pas, vos maudits sacs à dos!
C’est obéissant, un sac à dos. Un étudiant qui écoute sa musique trop fort aussi.

Monsieur Baboune entrevoit enfin l’Eldorado, une oasis dans sa journée qui aurait pu inspirer Lisa Leblanc. Rendu là, on est moins difficile et l’oasis consiste en un siège libre jonché de journaux gratuits. Mais il se fait coiffer fort cavalièrement au fil d’arrivée par une dame au téléphone, qui raconte son abcès é-pou-van-ta-ble dans le menu détail. Il finit par s’asseoir, mais pas encore assez loin de la dame, qui explique ensuite son affreux traitement de canal.

Un peu plus loin, montent un homme et Mignon Bambin, signe astrologique «terrible two» ascendant bacon, portant un chandail «Here comes troubles!!!» qui hurle et proteste vigoureusement contre la Convention de Villeray, qui interdit les biscuits avant le souper.

Le duo hurlant approche dangereusement. Monsieur Baboune sent le découragement mais surtout la migraine l’envahir… Quoi encore!?!

Ils prennent place…

À côté de la voleuse de siège au traitement de canal! Le sifflet coupé, elle met fin à son appel et fait des guili-guilis-c’est-à-qui-c’te-beau-ti-bébé-là à Mignon Bambin. Il arrête d’hurler et sourit de toutes ses trois dents… En bavant joyeusement sur la jupe de la dame.

Monsieur Baboune sourit. Il aurait pu jurer que Mignon Bambin venait de lui faire un clin d’oeil.

Chronique de l’Étrange: Viens voir les musiciens!

On connaît les pittoresques musiciens du métro, dont le talent est aussi inégal que leur motivation… Mais l’autobus 45 Papineau regorge aussi de chanteurs, de bardes et de musiciens aussi colorés que différents!

Le mardi soir, la chorale gospel envahit l’autobus après sa répétition. Sa bonne humeur est si contagieuse qu’on ne peut lui en vouloir d’obstruer l’allée. On prie, on chante, on prie Fabiola de chanter… Entre deux hymnes, on raconte même des histoires grivoises!  Prions aussi que personne n’aille répéter ça au pasteur!

Le musicien de l’orchestre symphonique transporte son violoncelle avec l’aisance stylée du vieil habitué. On le reconnaît à son smoking et son noeud papillon (d’un chic!), mais il a troqué ses souliers vernis pour des Converse rouges.

En bas de laine dans leurs sandales Birkenstock en plei été, deux Cégépiennes trouvant l’épilation terriblement grégaire et dépassée, transportent chacune un didgeridoo. Ce long « bâton » de bois peint de plusieurs pieds de long, souvent de l’eucalyptus, est calibré pour donner une seule note, disons «Mi, c’est la moitié d’un tout». Durant le trajet, elles soufflent dans ces instruments aborigènes qui vibrent d’un ton un peu plaintif, tranchant avec les rires de leurs poilues propriétaires.

L’étudiant en direction d’orchestre travaille, les sourcils froncés, la partition annotée et surlignée en 8 couleurs du Requiem de Mozart. Avec passion, vigueur et «swing du toupet», il dirige de la main un orchestre imaginaire qui semble lui donner du fil à retordre.

Bercée par le son de l’application jeu de catapulte (En 2013? Sérieusement??) de mon voisin, les pieds de ma voisine à hauteur d’odorat, puisqu’elle utilise sa grosse valise comme pouf, un guitariste punk rutilant de propreté me fait face. Je suis jalouse de son manucure parfait et de ses ongles vernis de noir à la forme impeccable. Il porte un collier de cuir avec de longs piquants pointus que je ne lui envie pas. Me connaissant, je pourrais très bien m’embrocher moi-même en nouant mes lacets!

Il y a tous les gens qui transportent une guitare ou deux, un harmonica, un djembé, un tuba, un Casio… Je rêve au jour où, pris dans un embouteillage monstre ou un banc de neige immense, tous ces musiciens sortiraient leurs instruments pour jouer et faire un gros jam endiablé et inoubliable! Peut-être n’attendent-ils qu’un encouragement digne de Monsieur Bilodeau, l’animateur de Soirée canadienne?

«Allez-y donc, en avant la musique!»

P.-S. Au lectorat jeunesse: La sympathique émission Soirée Canadienne mettait en valeur un village du Québec, ainsi que ses talents locaux. Imaginez une version folklorique de La Fureur, où la vedette est remplacée par Mme Gingras de Ste-Arthémise-des-Deux-Églises, qui met sa plus belle robe bleu poudre pour danser un rigodon à la télévision!