Chronique de l’Étrange: De tout, même un ami

197 Rosemont, 18 h 27. SSSLLLUUURRRPPPP! Cet effet sonore vous est offert par ma voisine de gauche, malgré la ventilation subtile de l’autobus-accordéon, qui donne l’impression de voyager dans un aspirateur central. Étudiante, Voisine transporte un énorme sac d’Addition Elle, même si sa silhouette gracile laisse à penser qu’elle ignore le plaisir d’une orgie de Whippets. Elle boit goulûment une soupe de poisson extra-ail bien chaude, à même son contenant Ziploc. Nez à demi bouché, je te remercie! SSSLLLUUURRRPPPP! À ma droite, un homme style post-punk post-semi-alternatif arbore sur son manteau de style militaire une impressionnante collection de médailles, chaînes, breloques, badges, ainsi qu’un gros et surprenant porte-clés en «ti-bonhomme sourire » égaré, qui contraste agréablement avec sa mine patibulaire.

Monte à bord un homme d’âge magané, dont le 5 à 7 a vraisemblablement débuté à une heure décente pour l’apéro quelque part dans le monde… À  Pretoria. Sympathique, il est d’humeur joyeuse et titube pour trouver une place, quand il avise une jolie dame début cinquantaine, assise avec ses paquets. Il tourne autour du poteau pour s’asseoir, sans tourner longtemps autour du pot avant d’engager la conversation, battant des cils comme un bambin cute qui veut un quatrième biscuit.

-Bonccchhhoir cccchhère Madame!
(elle réprime avec peine une envie de rire)
– Bonsoir Monsieur.
– Permettez-moi de vous dire que vous jjjjavez un très beau… un beau…
(La foule retient son souffle. Comme Éric Lapointe, il pourrait bien dire n’importe quoi! Un beau… Chandail? Dentier? Décolleté? Grain de beauté? Poil au nez?)

… Un vrai beau balai!!!! Chhen n’ai jamais vu un beau d’même!!!

Il est vrai qu’elle transporte un éclatant balai turquoise tout neuf, à motifs de boules de gomme balloune multicolores. Quel cerveau vil a pu inventer ceci pour faire croire qu’on sous-estime le potentiel festif et trrrrrrèèès agréable du ménage!?! On vous propose une journée au spa ou une tournée de magasinage avec la carte de crédit du beau-frère? Non, vous préférerez faire du ménage avec votre plumeau orange fluo à motifs de perroquets! Ça, c’est vraiment n’importe quoi!!!

Bonne joueuse, la jolie dame rit et jase longuement avec Monsieur Magané. Ils découvrent qu’ils fréquentent le même parc, elle avec son petit chien, lui avec son équipe de fêtards balle-molle, au grand plaisir de notre amateur de balais qui espère la recroiser.

Un jeune homme au faciès identique à sa tuque d’Angry Bird, pas le rouge ni le bleu, le noir, monte à bord. Devinez pourquoi…?

Batterie de voiture dans la 197

Chronique de l’Étrange: Terreur dans la 197

Mercredi soir, 197 Rosemont. Votre Belette est assise sur un banc à trois places, en compagnie d’un couple dans la vingtaine. Le jeune homme à casquette blanche accorde une pause syndicale à sa colonne vertébrale. La jeune femme, plutôt jolie, est habillée à la mode, c’est-à-dire pas trop. Le tissu, c’est un concept galvaudé, dépassé et tellement peu écologique!

Très détendus, mes comparses de siège, jouent à «Qui prend ses aises?».
Je suis vraiment poche à ce jeu-là.

Le jeune couple jase avec une amie, elle aussi vêtue d’une courte robe en Kleenex, plantée debout devant nous.
Paresse, 1
Galanterie, 0.

Terrifiée, l’amie pousse un grand cri et recule en sursautant. Tout près de ma propre sandale gauche, trottine, tout bonnement, comme Dora l’Exploratrice…

Un OGNI!!!!!

OGNI: Objet Grouillant Non Identifié.

AAAAAHHHHHHHHH!

Ma jolie voisine de banc reprend du tonus. Toujours assise, à grands coups de gougounes, elle exécute un impressionnant solo de claquettes, digne de River Dance! Tempo, détermination, contrôle, force brute, elle donne LA performance d’une vie.

L’OGNI termine violemment la sienne, écrapouti sous une gougoune verte.

Ma voisine replace ses cheveux, ses colliers et son décolleté. Son amie pointe un doigt accusateur vers la dépouille de l’infortunée créature, noire et grosse comme mon ongle de pouce:
– Y A UNE COQUERELLE DANS L’AUTOBUS!

Le choeur de la 197:
– Une coquerelle?
– Où ça, une coquerelle?
– OUACHE!
– Dans l’autobus?
– Quoi, une coquerelle dans l’autobus???
– Qu’on appelle J.E.!

Le copain à casquette sourcille à peine:
– Whaaat’s uppppp Baaaabe?

Belette, qui fixe son pied, son sac à malices juste à côté, L’OGNI (qui ne porte plus très bien son nom) et tente de calmer la boule naissante au creux de son estomac:
– KESSSÉÉÉ  ÇAAA?

Jolie voisine, d’un air dégoûté, mais néanmoins satisfait et triomphant :
– Je l’ai eue!!!! Non mais, qui est assez sale pour traîner sa coquerelle dans l’autobus?!?

Excellente question.

Chose certaine, cette jeune femme n’a pas froid aux yeux et n’a pas attendu son homme pour la défendre. Une belle leçon de courage et d’indépendance donnée aux enfants. Chapeau, Super Woman en gougounes vertes!