Chronique spéciale 45 Papineau: 10 000 visites!

C’est aujourd’hui qu’a lieu la 10 000e visite sur ce blogue! Incroyable! 10 000… C’est la population de la belle ville de Saint-Raymond-de-Portneuf, là où on peut manger de succulentes guédilles, incluant son enfant chéri, le très connu et très entendu personnificateur d’Elvis, David Thibault, qui chante Blue Christmas sans blue suede shoes, ni toupet banane. Ou le public du court central du Stade Uniprix, si plusieurs sont partis acheter des hot-dogs. Ou encore les «10 000 su’a rue St-Paul» qui ont le Blues de la métropole…

Imaginons que tout ce beau monde là a pris quelques instants pour lire une de mes Chroniques! 62 articles, quelques photos, des personnages attachants ou loufoques, des histoires touchantes ou simplement très bizarres qui, vous me l’avez assez dit, n’arrivent qu’à moi, oui, oui!

À vous qui me lisez de Madagascar ou Rosemont, de St-Esprit ou Dakar, de Chambéry ou Ste-Adèle, du chic Plateau Mont-Royal ou ailleurs… Qui empruntez le transport en commun chaque jour ou jamais dans 100 ans, es-tu folle, j’haguis ça!

La vie moderne, malgré ses nombreuses innovations, ses balayeuses qui aspirent à aspirer toutes seules et ses bagels surgelés déjà tranchés et fromagés (Misère! Au pire, engagez Alfred le majordome ou trouvez un mari sur les Internets; tout mais pas ça!!), n’est jamais un long fleuve tranquille. Il y a surabondance de choses à faire, de contenus à lire, de séries à regarder, de photos de plats à partager, de pensées à tweeter, de gens à aimer… Faux. Comme dit mon amie Mijo, il ne peut jamais y avoir trop d’une bonne chose, alors il y a beaucoup de gens à aimer, quelle chance! Mais pour dire je t’aime, il faut du temps, le seul qui reste au bout de nos jours, comme le chante si bien le grand Gilles.

Drôle de société que la nôtre, où on court après son temps pour ensuite avoir le temps de courir! Rare et compté, il est donc extrêmement précieux! (J’allais utiliser l’expression consacrée « comme de la m****e de pape », mais vu qu’on a deux papes maintenant, l’expression est un peu-beaucoup galvaudée, non? Pardonnez-moi, je m’égare!) Mais c’est à cause de (je devrais plutôt dire grâce à) ce temps qui fuit, de cette vie un peu folle que les moments passés dans le transport en commun ne servent plus à attendre sa destination en contemplant le plafond, faut rentabiliser ce temps, parfois de façon fort créative, comme se raser dans l’autobus! Ne rien faire devient un luxe que même les riches n’ont souvent pas les moyens, ou le temps, de s’offrir!

Bref, à chaque semaine ou juste en passant, vous me faites le cadeau d’un brin de votre temps, votre attention, vos réflexions, entre vos occupations, vos joies et vos soucis… Vous me faites l’honneur de m’accueillir dans votre quotidien, voilà un bien grand privilège, dont j’apprécie chaque parcelle!

10 000 fois merci!

Belette O.

Autobus 45 Papineau

Chronique de l’Étrange: De tout, même un ami

197 Rosemont, 18 h 27. SSSLLLUUURRRPPPP! Cet effet sonore vous est offert par ma voisine de gauche, malgré la ventilation subtile de l’autobus-accordéon, qui donne l’impression de voyager dans un aspirateur central. Étudiante, Voisine transporte un énorme sac d’Addition Elle, même si sa silhouette gracile laisse à penser qu’elle ignore le plaisir d’une orgie de Whippets. Elle boit goulûment une soupe de poisson extra-ail bien chaude, à même son contenant Ziploc. Nez à demi bouché, je te remercie! SSSLLLUUURRRPPPP! À ma droite, un homme style post-punk post-semi-alternatif arbore sur son manteau de style militaire une impressionnante collection de médailles, chaînes, breloques, badges, ainsi qu’un gros et surprenant porte-clés en «ti-bonhomme sourire » égaré, qui contraste agréablement avec sa mine patibulaire.

Monte à bord un homme d’âge magané, dont le 5 à 7 a vraisemblablement débuté à une heure décente pour l’apéro quelque part dans le monde… À  Pretoria. Sympathique, il est d’humeur joyeuse et titube pour trouver une place, quand il avise une jolie dame début cinquantaine, assise avec ses paquets. Il tourne autour du poteau pour s’asseoir, sans tourner longtemps autour du pot avant d’engager la conversation, battant des cils comme un bambin cute qui veut un quatrième biscuit.

-Bonccchhhoir cccchhère Madame!
(elle réprime avec peine une envie de rire)
– Bonsoir Monsieur.
– Permettez-moi de vous dire que vous jjjjavez un très beau… un beau…
(La foule retient son souffle. Comme Éric Lapointe, il pourrait bien dire n’importe quoi! Un beau… Chandail? Dentier? Décolleté? Grain de beauté? Poil au nez?)

… Un vrai beau balai!!!! Chhen n’ai jamais vu un beau d’même!!!

Il est vrai qu’elle transporte un éclatant balai turquoise tout neuf, à motifs de boules de gomme balloune multicolores. Quel cerveau vil a pu inventer ceci pour faire croire qu’on sous-estime le potentiel festif et trrrrrrèèès agréable du ménage!?! On vous propose une journée au spa ou une tournée de magasinage avec la carte de crédit du beau-frère? Non, vous préférerez faire du ménage avec votre plumeau orange fluo à motifs de perroquets! Ça, c’est vraiment n’importe quoi!!!

Bonne joueuse, la jolie dame rit et jase longuement avec Monsieur Magané. Ils découvrent qu’ils fréquentent le même parc, elle avec son petit chien, lui avec son équipe de fêtards balle-molle, au grand plaisir de notre amateur de balais qui espère la recroiser.

Un jeune homme au faciès identique à sa tuque d’Angry Bird, pas le rouge ni le bleu, le noir, monte à bord. Devinez pourquoi…?

Batterie de voiture dans la 197

Chronique « Pour un flirt »: J’me tatoue ton nom tout partout*

45 Papineau, fin de soirée. Votre Belette préférée revient d’un événement professionnel mémorable, ravie et honorée d’être une variante de l’Employée du mois. J’ai l’expression faciale pétrie d’extase d’une femme qui mange des chips nonchalamment étendue sur une chaise longue au Club Med, pendant que George Clooney lui fait un massage de pieds. Mon sourire éclaire tel un phare dans la nuit; Times Square et le boulevard Taschereau n’ont qu’à bien se tenir!

Note: Avec cette introduction, vous aurez compris que je tourne sciemment le dos aux billets en vogue au début de l’année, les « soda » de résolutions. Je n’ai rien contre en soi, ni contre l’idée de s’améliorer (évidemment!), je suis simplement contre les mesures draconiennes! Souvent irréalistes et aussi difficiles à tenir qu’un enfant de trois ans couvert de bouette, on finit généralement par se sentir coupable, inadéquat ou vraiment poche. Bref, l’art de joindre l’inutile au désagréable! Mes conseils? Résistez au coûteux bidule miracle promettant des fesses d’enfer en 48 heures mais qui prend la poussière en 48 secondes, prenez soin de vous au quotidien (au lieu d’une semaine par année), riez et dites « je t’aime » plus souvent.

J’oubliais! C’est l’hiver, vous avez la peau chesse d’un crocodile qui a abusé du salon de bronzage, mettez de la crème à mains!!!

De retour à Belette et son air béat.

Un jeune homme souriant et plein d’assurance d’au moins 10 ans de moins que moi, cheveux longs, barbiche, large chapeau noir, manteau à longues franges, tatoué partout sur le cou et les mains, monte à bord. Complexe mélange entre un «Hell’s Angels à pieds» (un autre!), Belzébuth et Coeur de pirate.

Il lorgne avec convoitise le banc libre à côté de moi; j’ai un gros succès d’estime auprès de cette clientèle! Plus ils ont l’air d’un mauvais garçon ou pire, d’un portrait-robot, plus je les attire! Il s’installe avec l’envergure d’un chevalier qui rejette sa cape en arrière et me regarde avec gourmandise, telle une montagne d’ailes de poulet.

Après quelques banalités d’usage, se lance:
-T’es belle et t’as un beau sourire, aimerais-tu ça un tatouage? Tsé, kek chose de beau, là!

– Euh…?!?! (invente, Belette, invente! Vous, vous connaissez sans doute déjà mon avis sur les tatouages!?) Euh… J’ai peur des aiguilles.

Il me regarde d’un air confiant mais néanmoins compatissant, accompagné en sous-titre d’un: Tut, tut, tut… Pauvre p’tite, on voit ben qu’un vrai homme s’est jamais occupé de toé, Beauté!
– Faut pas avoir peur, j’suis très doux, tsé… J’fais une belle job, en douceur. Entécas, j’ai une shoppe de tatouages au coin de Papineau et Christophe-Colomb, tu viendras me voir, je vais te faire un bon rabais, tu vas voir, j’fais pas mal!

DING! À nouveau sauvée par la cloche! Rouge comme un camion de pompiers, je  bredouille un vague remerciement, accompagné d’une excuse douteuse et confuse.

Alors que je descends, je l’entends dans mon dos:
– Tu vas voir, j’te ferai pas mal!

Dites-moi?! Est-ce qu’il y a juste à moi que ça arrive, des histoires comme ça???

* Robert Charlebois, 1982

Rétrospective 2013: 3-2-1, Bonne année!

Après d’heureux soupers et une quantité phénoménale de délicieux beignes de Thérèse dégustés dans la joie… Parmi les articles sur « Quoi faire avec vos restants de dinde », « Quoi faire avec vos enfants possédés du démon » et « Quoi faire avec un couvre-bol de toilette en Phentex orange et brun reçu en cadeau »… C’est le temps des bilans, des rétrospectives, des « Top 10 », des « Pires 12"… Je serai donc originale… À Rome, faisons comme les Romains! (Restons allongés habillés en mou et buvons du vin!)

Au lectorat jeunesse: Le Phentex est une sorte de laine synthétique servant à tricoter de fabuleuses pantoufles deux couleurs, idéales pour garder les pieds au chaud et patiner sur le plancher de la cuisine. Un précieux bonheur pédestre!! Toutefois, prises du syndrome des aiguilles sans repos, des tricoteuses ont jadis eu l’idée troublante de confectionner des poupées qui font peur ou des étuis pour tout couvrir dans la salle de bain, tout, tout, TOUT! Ce qui, en plus d’être un peu kétaine (Selon moi, le Kitsch a dit: oh que je ne me mêle pas de ça et je ne mets pas mon nom là-dessus!), est d’une hygiène douteuse, quand la visite a bu trop de crème de menthe. Si on vous en a offert, vous avez vraiment fait quelque chose de pas fin dans une autre vie.

En 2013, voici les cinq Chroniques les plus lues:

Étrange: Les hauts et les bas d’un sosie de Mario Pelchat
Quand Mario-Pelchat-devenu-vieux sirote à la paille sa bière en canette dans la 45…

Foule sentimentale: Un câlin, Mister T?
Quand le sosie amélioré de Mister T. lit douloureusement Les 5 clés du bonheur amoureux

Souvenirs: O-69
Nostalgiquement mais joyeusement, on se souvient du Bingo Mont-Royal!

Étrange: État de siège
La chasse aux sièges est féroce dans la 45, on se croirait au parti Libéral!

Spéciale Courrier du coeur de Belette
Quand Coeur plein d’espoir cherche Blonde Inconnue Mystérieuse!

Il y eu les trois rats, les deux dames qui ont léché leur cellulaire, le Rocker fatigué pré-retraité qui voulait m’inviter au Marché aux puces 5 étoiles!

Comme Marie Carmen, vous semblez aimer l’ombre et la lumière, les gens qui n’ont pas de manières comme les jolies histoires, les bougonneux autant que les petites filles cutes!

Les passagers de la 45 Papineau m’ont appris énormément; vous, cher public, m’avez appris tout autant! Merci infiniment! Laissez-moi vous couvrir de becs en pincettes!

Pour 2014 qui se pointe le bout du nez, je vous la souhaite bonne et heureuse, de la santé, du bonheur, des Turtles, ainsi que de faire une folie… Petite ou grande, sage ou totalement extravagante, peu importe… Boire du Coke aux cerises, visiter Rigaud ou le Burkina Faso, collectionner les télégrammes chantés, prendre l’autobus!!!

Allez, dites-nous… Quelle folie auriez-vous envie de faire en 2014?

Spéciale blogueuse invitée, Maman Belette: Du vin ou du fort

En fin de semaine, je jouais les princesses dans Charlevoix, après avoir  bravé la tempête et raté les qualifications des épreuves de luge autrichienne des jeux de Sochi par quelques… heures. J’ai donc invité Maman Belette, grande utilisatrice du transport en commun devant l’Éternel, dont la devise est « Une passe mensuelle, c’est ça, la liberté! », oreille compatissante spécialisée en confidences de parfaits inconnus et amie involontaire de l’Homme aux 6 imperméables (dont je vous parlerai peut-être un jour) à nous raconter une de ses délicieuses histoires d’autobus.
Bonne lecture!
Belette O.

Par un bel après-midi dans la 69, assis en face de moi un monsieur la jeune soixantaine, bien de sa personne, propre comme un jeune ingénieur, tient délicatement entre ses pieds un sac grand format de la SAQ. À sa droite, il a déposé un sac moyen de Jean Coutu. Il regarde régulièrement avec fierté dans le sac de la SAQ. Qu’est-ce qu’il peut bien contenir, du Vin ou du Fort genre De Kuyper?

Je n’ai pas encore trouvé la réponse, il en sort… Une scie ronde le bran de scie encore après, il la tourne et la retourne sous tous ses angles, passe lentement son doigt sur la lame pour en vérifier l’aiguisage, l’admire le temps de quelques arrêts puis se décide à la remettre dans son sac.

Sage décision, une belle dame d’environ 55 ans, blonde aux yeux bleus, de celles qu’on remarque, vient s’asseoir à côté de lui. Elle est  bien coiffée, vêtue sobrement dans les tons de beige, à peine maquillée, chaîne délicate et boucles d’oreilles en or.-  Vous avez un beau teint.
–  Pardon?
–  Vous avez un beau teint.
–  Je tiens ça de ma mère.

Notre homme cherche visiblement un sujet pour relancer la conversation, il pense à son sac Jean Coutu et  en sort un CD de Charles Aznavour.

–  Aimez-vous Charles Aznavour?
–  Ma mère l’aimait beaucoup, je suis allée l’entendre avec elle à La Place des Arts.

Puis un CD de Gilbert Bécaud.
–  Ma mère l’écoutait souvent.

Puis un de George Brassens.
–  Ma mère ne se fatiguait pas de l’entendre.

À regret,  je dois descendre, je suis rendue et on m’attend.

Décideront-ils d’aller prendre un café? Venons-nous d’assister au début d’une romance?J’espère les revoir, si un jour j’ai cette chance, je me ferai un plaisir de vous donner de leurs  nouvelles.
Maman Belette

Chronique de l’Étrange: La danse des canards

10 De Lorimier, 18 h 12. J’ai faim. On dirait que que mon dernier repas a eu lieu jeudi dernier. Mon voisin de siège transporte un poulet rôti bien chaud et délicieusement odorant; un véritable acte criminel à cette heure! Vous ai-je déjà parlé de mon amour immodéré de ce délectable volatile? Élue Miss Poulet, je pourrais promettre de régler la faim dans le monde à coup de quarts cuisse! La tentation de lui faire une jambette pour me sauver avec le butin et le dévorer dans le parc Lafontaine avec un regard maléfique et satisfait est terrible! Heureusement pour lui, quand un vieux bonbon d’Halloween au-bon-goût-de-vert collé dans son papier, déniché dans le recoin plein de petites mousses du sac à main te comble de bonheur, on a le bonheur facile, ou vraiment faim…

Une dame très digne âgée d’environ 80 ans est assise en face de moi. Soigneusement coiffée, portant un beau manteau chic, elle porte à sa bouche sa main impeccablement manucurée… Pour en retirer son dentier! Elle soupire comme quand on enlève des chaussures trop petites puis GLOUP, le remet en place.

Monsieur Colomb, Chevalier de de son prénom, monte à bord. Oui, oui, le même que l’été dernier! La version 10 De Lorimier du lapin blanc d’Alice au pays des merveilles doit être encore en retard à sa réunion des Chevaliers de Colomb! Persistera-t-il à jouer au PDG des installations sanitaires de sa voix nasillarde de trompette bouchée??? Chose certaine, ce brave homme n’a peur de rien!

– Hé, le jeune! Donne-moi ta place, chu Chevalier de Colomb!
Surpris, le jeune à lunettes  de 10 ans dont le poids est inférieur à celui de son sac à dos, se lève sans demander son reste.
Marci ben. Bon, j’suis assis, là, Capitaine, vas-y! J’suis pressé, j’ai ma réunion des Chevaliers de Colomb, j’veux pas être en retard!

Toé le jeune à casquette, dans le fond!
Vous pis votre gros sac, restez pas dans le milieu d’la place, dans le fond! Non mais, tsé, une grosse madame avec un gros sac!
Pis vous aussi, dans le fond!

Surprenamment, certains obéissent ou l’engueulent! Le plus souvent, on l’ignore.

– Envoye, avance Capitaine! Donne du gaz, t’es capable! Plus vite, plus viiiiiiiiiite! Arrête pas, j’vas être en retard à ma réunion!! Arrête pas, sinon, je vais faire le canard! J’t’avertis, j’vas faire le canarrrrrd!!

L’autobus freine…

Monsieur Colomb se lève et bat l’air de ses coudes… Secoue la tête, les babines et le bas des reins comme un petit canard jaune qui sort de la mare, avec un son étrange mi-cheval, mi-Donald Duck qui attend Opération Nez Rouge…

Aucune syndrome post-traumatique en vue… Comme on a eu droit à ses voeux de Noël en juin, je suppose… En sortant, Monsieur Colomb lance à la foule soulagée:
– Bon ben, Joyeuses Pâques tout le monde!

Chronique Dose de cute: Les anges dans nos campagnes

Autobus 45 Papineau, 17 h 30. Sous le choc du récent changement d’heure, les gens maudissent le ciel déjà couleur d’encre. On pourrait jurer qu’il est minuit-l’heure-du-crime et les dames âgées se cramponnent à leurs sacoches.

Toute mignonne, Jeune fille en fleur manque de mains. Avec son sac à lunch, son gros sac à dos, son sac de vêtements de danse et ses mitaines, elle échappe tout et peine à s’asseoir. On dirait Mr. Bean avec des tresses et une jupe à carreaux, dont elle a aussi le calme et la patience.

Face à elle, une jeune femme d’environ 25 ans au regard sévère ne peut s’empêcher de rire. Demoiselle de l’ombre porte des vêtements aussi sombres et glauques que la nuit. Son maquillage digne des clowns de Muriel Millard camoufle presque, c’est dommage, sa grande beauté et ses yeux verts lumineux.

Au lectorat jeunesse: Chanteuse, comédienne et artiste de variétés, Muriel Millard portait le surnom de Miss Music-Hall. On lui doit une chanson classique du temps des fêtes, Les Vieilles maisons, que Maman Belette fera immanquablement jouer au réveillon, après Le Noël des petits oiseaux d’Angèle Arsenault. En fin de carrière, au lieu d’animer des émissions de cuisine comme plusieurs Has-been, elle s’est mise à la peinture. Ses clowns poudrés souvent tristes mais toujours terrifiants valent cher et ont acquis une renommée qui dépasse les frontières… Et me dépasse tout court.

Elle tend à à Jeune fille en fleur ses cache-oreilles puis engage la conversation gentiment. Tout les oppose mais elles fraternisent. Une école privée est responsable de la jupe à carreaux et des cours de danse, mais Jeune fille en fleur est encore au primaire, malgré son maturité.

Un peu plus loin, Jeune fille en fleur prend son téléphone cellulaire dans sa poche:
– Maman?
– (…)
– Oui, j’approche de l’arrêt, là. Il fait noir, crois-tu que tu pourrais venir me chercher, svp?
– (…)
– Non, je comprends. Ok. Ça ne me dérange pas. Ok. Vraiment, vraiment pas. Ok. Ok. Bye.

L’aplomb disparu, son regard s’est assombri, sa lèvre inférieure tremble un peu. Elle soupire et commence à ramasser ses bagages. Demoiselle de l’ombre lui sourit.
– Descends-tu à la prochaine?
– Oui.
– Moi aussi. Tu vas de quel côté? Je vais marcher avec toi.

Dans les années 80, inspirés par une initiative new yorkaise, des citoyens bénévoles coiffés de bérets rouges et appelés Anges gardiens patrouillaient le métro de Montréal pour rassurer les usagers et contrer la criminalité. Si ma fabuleuse mémoire pour les faits inutiles m’est fidèle, l’étrange personnage d’Elvis Laurier dans le téléroman Peau de banane, interprété par un jeune, mince, inconnu, pauvre et humble Normand Brathwaite, en était un. Remplacés par des agents de sécurité officiels (et payés), les Anges ont disparu discrètement. Heureusement, des anges, parfois cornus avec des ailes de tôle (pour citer Michel Tremblay) se glissent encore dans le transport en commun, sans béret. Ouf! – ça, c’est quelque chose qui ne va pas bien à tout le monde, comme le jean skinny, qui sied bien en général si et quand on l’est.

Chronique de l’Étrange: Prendre un verre de bière mon minou

Autobus 45 Papineau, jeudi soir de début d’hiver. Une jeune femme aux cheveux longs mange du pad thaï avec des baguettes, dans une mignonne boîte de carrtrrron ornée de pagodes. Son cellulaire sonne; elle a les baguettes en l’air au propre comme au figuré. PLOUF! Triple vrille dans la boîte!!! D’un air découragé, elle repêche le téléphone dans la sauce du bout des doigts. Non, elle n’imite pas Madame-en-bon-uniforme et son cellulaire noyé dans le yogourt aux pêches! (Déception) Elle l’essuie plutôt mal que bien sur sa besace en cuir-de-St-Côme-mort-de-peur et tente de rappeler, démontrant ainsi les vertus revitalisantes de la sauce aux arachides.

Plus loin, un homme et une femme, début cinquantaine, voyagent ensemble mais trouvent plus amusant de s’asseoir l’un derrière l’autre et d’écouter chacun leur musique. Ils essaient quand même d’avoir une conversation à fort volume, ponctuée de Kessé tu dis là?, de Lâche mes écouteurs, fatigant! et de Oui, mais j’te parle!

Précisons tout de suite qu’ils ont eu un début de soirée bien arrosé et leur vocabulaire est truffé d’une quantité phénoménale de jurons, que je n’oserais jamais répéter ici, par crainte de me faire frotter les oreilles avec vigueur par Maman Belette. Je vais donc les remplacer par un titre de chanson de Noël. Pourquoi? Parce que j’ai sorti mes CD de Noël hier et je partage mon trépignant fardeau de chantonner Fa lalala lalala sans arrêt depuis!

– Vive le vent! Y va donc ben pas vite, le chauffeur, Mon beau sapin! Non mais tsé, Adeste Fideles, ça paraît qu’y a pas bu 6 bières, lui, l’Enfant au tambour!
–  Les anges dans nos campagnes que t’es fatigant, t’avais juste à y aller avant de partir, Sainte Nuit !
– Petit Papa Noël, j’suis allé, mais faut que j’y retourne, Douze jours de Noël!
– L’Père Noël, c’t’un québécois!
– J’vas aller demander au chauffeur pas vite, D’où viens-tu Bergère!?

L’homme se lève, sort son ton poli du dimanche et va s’adresser au chauffeur:
– Scusez-moi, môssieur, kessé vous faites quand vous devez aller aux toilettes, vous?
– Oh, moi je sais ce que je ferais. Mais ce n’est pas la même chose que vous. Pourquoi?
– Mettons que je veux descendre pis y aller, pouvez-vous m’attendre?
– Non, vous devez attendre le prochain bus, malheureusement.
– Ben là! Y fait frette pis ça me tente pas! Si j’descends pis j’y va là-là pendant la lumière rouge, vous êtes ben obligé de m’attendre? Vous allez pas partir sua’ rouge pour me laisser sur le trottoir les bijoux d’famille à l’air?!
– (réprime un petit rire) On peut dire ça.
– Bon ben, j’y va!

L’autobus freine à un arrêt, la lumière devient rouge. Pendant que sa compagne rigole, Monsieur Pressé vole hors de l’autobus et entreprend de satisfaire son besoin primaire sur l’abribus, juste devant le restaurant Chinois-canadien-italien-license complète-Bienvenue aux dames.

Petit appel de phares et l’homme a tout juste le temps de remballer la marchandise avant de remonter.

– Ça bergers! Au moins, j’ai eu le temps d’en sortir la moitié! Envoye, pèse sua suce, j’suis pressé, Minuit Chrétiens!

Malgré ses manières
Un peu particulières,
Chapeau à ce petit rigolo
Assez sage pour ne pas prendre son auto!

Chronique Bonnes manières: Place des grands hommes*

– Amateurs de savoir-vivre, bonsoir! Ma question: est-ce que la courtoisie se perd? Belette Fournier attend vos appels!
– Madame Belette! Ben certain! Les jeunes pis leurs maudits sacs à dos!! Sont bruyants, impolis; stakause de leur maudite musique de dégénérés!
– Bon point, bon point, bonnnn poinnnnnt! Oui bonsoir?
– Oui, mais il y a les
 personnes âgées qui pensent que tout leur est du et qui donnent des coups de cannes dans les jarrets! Pis les gens de 30-40 ans ne valent pas mieux! Pis les jeunes enfants sont mal élevés! Pis parlez-moi pas des Baby-boomers!

On aime se croire parfait. L’enfer, c’est les autres! Hélas, malgré notre perfection, il nous est tous arrivé (oui, moi aussi!) d’être le grossier personnage ou simplement l’égoïste de quelqu’un. Le stress, la fatigue, la maladresse, les préoccupations peuvent en être la cause, surtout si on partage le parfum d’un inconnu.  Y réfléchir est déjà un bon début. Heureusement, l’autobus 45 Papineau propose de jolies scènes qui cultivent l’espoir en l’humanité.

Une mignonne jeune fille brochée-lunettée interpelle une dame âgée:
-Madame? Voulez-vous vous asssssirrrrrrrrrre?
L’intention est généreuse, elle a bon coeur, le pire est fait! Lui enseigner à conjuguer ses verbes devrait être d’une facilité déconcertante!

Une dame d’une autre âge, avec qui la vie semble avoir été aussi cheap que votre collègue qui collectionne les sachets de ketchup, monte dans l’autobus avec une canne et difficulté. Les gens autour restent assis; soudain, admirer ses lacets devient une activité hautement palpitante! Une dame assise à la belle tête toute blanche, visiblement plus âgée, lui pointe le siège surélevé derrière le chauffeur. Elle montre sa canne. Dame Blanche hoche la tête, se lève et marche à pas lents vers la place surélevée; elle grimace en montant la marche pour s’asseoir. Elles se sourient.

Un homme monte avec un ado d’environ 14 ans, style astrologique Attitude – ascendant blasé. Il s’affale sur un banc comme s’il venait de traverser l’Abitibi en gougounes. Son père lui tape sur l’épaule:
– Viens, Jonathan-Maxime. On va s’asseoir à l’arrière et laisser la place aux dames enceintes ou aux personnes âgées.
– Oh rapport, pourrrrqwâââ?
– Parce que c’est gentil, c’est poli. Parce que c’est ce que les gens bien élevés font. Parce que ça rend le monde dans lequel on vit, meilleur. Mais surtout, parce les hommes, les vrais, ceux dont on est si fier, font ça. Comme toi, mon gars. Viens.

* Patrick Bruel, 1989

Chronique de l’Étrange: Exercice à la barre

Autobus 45 Papineau, 17 h 30. Christophe, 4 ans, voyage avec son père. À côté d’eux, une étudiante avec de la peinture sur le nez transporte une couverture de déménagement et une oeuvre, catégorie «euh, merci, c’est fin, mais j’ai vraiment pas de place». Juchée sur sa couverture pliée sur le banc, elle tient sa toile sur ses genoux. On a donc l’impression fugitive qu’une muse de Picasso à quatre yeux et aux cheveux mauves de 6’5" prend l’autobus.

Au lectorat jeunesse: Peintre, dessinateur et sculpteur espagnol, Pablo Picasso fait partie des artistes les plus importants du XXe siècle. Le pauvre, penserez-vous, il a raté les grandes inventions modernes, dont les chaussures à velcro, le DVD et la pizza-pochette. Il est reconnu comme le fondateur du cubisme, à ne pas confondre avec le cube Rubik. Ces deux concepts partagent toutefois une passion pour la forme carrée et le fait que les morceaux (cubes ou parties du corps) sont jamais rarement dans le bon ordre.

Christophe regarde la 2e porte arrière de l’autobus-accordéon, inaccessible, ceinturée de ruban jaune «Défense d’entrer».  Il est donc interdit d’entrer dans une sortie!

– Papa! Pourquoi on ne peut pas sortir par cette porte-là?
– Peut-être que les barres sont défectueuses?

Ah, les barres d’ouverture de portes! Souvent dignes d’un vaudeville, nombreuses sont les techniques de «Sésame, ouvre-toi!» (Quelqu’un sait ce que le sésame vient faire dans l’histoire, d’ailleurs?)
Il y a Monsieur Pressé, qui brasse la barre en grognant, comme si ça allait accélérer le processus. La dame au chapeau, qui effleure la barre trop doucement. L’ado qui veut impressionner ses amis et frappe trop fort. Le mime qui tâte un mur imaginaire. La dame qui danse «La Macarena». La personne qui ne sort pas souvent et regarde juste la barre en fronçant les sourcils. La jeune femme un peu pompette qui, confondant barre et poteau, s’y adosse lascivement. Technique plutôt efficace; la porte s’ouvre et la danseuse d’un soir tombe à la renverse sur le trottoir si ses amies ont bu trop de martinis litchi pour la retenir. Très divertissant!

– Papa, qu’est-ce qui arrive quand la barre marche pas?
– Ça empêche la porte d’ouvrir. Moi, j’ai entendu parler d’un monsieur, Gaston, qui voulait sortir et la barre ne fonctionnait pas. Il n’a pas pu descendre et l’autobus a continué à rouler et rouler encore, sans s’arrêter! Quand Gaston est descendu, il a vu le Pôle Nord, les ours polaires et…  Le Père Noël!
– Wow, chanceux! Y’était rendu au Carrefour Laval!!!