Chronique Bonnes manières: Place des grands hommes*

– Amateurs de savoir-vivre, bonsoir! Ma question: est-ce que la courtoisie se perd? Belette Fournier attend vos appels!
– Madame Belette! Ben certain! Les jeunes pis leurs maudits sacs à dos!! Sont bruyants, impolis; stakause de leur maudite musique de dégénérés!
– Bon point, bon point, bonnnn poinnnnnt! Oui bonsoir?
– Oui, mais il y a les
 personnes âgées qui pensent que tout leur est du et qui donnent des coups de cannes dans les jarrets! Pis les gens de 30-40 ans ne valent pas mieux! Pis les jeunes enfants sont mal élevés! Pis parlez-moi pas des Baby-boomers!

On aime se croire parfait. L’enfer, c’est les autres! Hélas, malgré notre perfection, il nous est tous arrivé (oui, moi aussi!) d’être le grossier personnage ou simplement l’égoïste de quelqu’un. Le stress, la fatigue, la maladresse, les préoccupations peuvent en être la cause, surtout si on partage le parfum d’un inconnu.  Y réfléchir est déjà un bon début. Heureusement, l’autobus 45 Papineau propose de jolies scènes qui cultivent l’espoir en l’humanité.

Une mignonne jeune fille brochée-lunettée interpelle une dame âgée:
-Madame? Voulez-vous vous asssssirrrrrrrrrre?
L’intention est généreuse, elle a bon coeur, le pire est fait! Lui enseigner à conjuguer ses verbes devrait être d’une facilité déconcertante!

Une dame d’une autre âge, avec qui la vie semble avoir été aussi cheap que votre collègue qui collectionne les sachets de ketchup, monte dans l’autobus avec une canne et difficulté. Les gens autour restent assis; soudain, admirer ses lacets devient une activité hautement palpitante! Une dame assise à la belle tête toute blanche, visiblement plus âgée, lui pointe le siège surélevé derrière le chauffeur. Elle montre sa canne. Dame Blanche hoche la tête, se lève et marche à pas lents vers la place surélevée; elle grimace en montant la marche pour s’asseoir. Elles se sourient.

Un homme monte avec un ado d’environ 14 ans, style astrologique Attitude – ascendant blasé. Il s’affale sur un banc comme s’il venait de traverser l’Abitibi en gougounes. Son père lui tape sur l’épaule:
– Viens, Jonathan-Maxime. On va s’asseoir à l’arrière et laisser la place aux dames enceintes ou aux personnes âgées.
– Oh rapport, pourrrrqwâââ?
– Parce que c’est gentil, c’est poli. Parce que c’est ce que les gens bien élevés font. Parce que ça rend le monde dans lequel on vit, meilleur. Mais surtout, parce les hommes, les vrais, ceux dont on est si fier, font ça. Comme toi, mon gars. Viens.

* Patrick Bruel, 1989