Chronique de l’Étrange: Une galette et un petit pot…

45 Papineau, retour à la maison. La journée est longue et le froid, mordant. Dommage que les tartines de graisse de rôti de nos ancêtres cultivateurs ou bûcherons soient difficilement compatibles avec la sédentarité des comptes payables ou de la traduction. Ça, ça gardait son homme (et sa femme!) longtemps repus et bien au chaud!

Une dame monte à bord en compagnie de ses 3 enfants d’environ 5, 7 et 8 ans. La famille s’asseoit sur les strapontins, la mère au milieu, les enfants autour (et swingnez votre compagnie!). Elle distribue des berlingots de lait et des galettes à l’avoine pour les faire patienter. Le plus jeune a de belles joues rondes et des cheveux bouclés, il ressemble à un petit ours brun. Il se frotte le ventre par-dessus sa salopette:

– Miam, miam! C’est bon! Miam miam! C’est bon! c’est bon!

Aucun concours de miettes!  Entre deux bouchées, on raconte la journée, le ballon, la dictée. Comme un bébé oiseau qui reçoit la becquée, la maman ouvre un large bec. Du bout de ses petits doigts, chaque enfant partage généreusement sa galette au bon goût de bonheur.

Lointain héritage hippie, le poncho de laine tricoté se fait rare. Il semble (heureusement) avoir raté l’occasion d’effectuer un retour, contrairement aux couleurs fluo, aux bas en dentelle et à Fort Boyard. C’est surprenant d’en voir un dans l’autobus, en hiver, dans les teintes crème et rose. Qui plus est, ledit poncho à longues franges est porté avec une soutane et des bas dans des sandales… Par un homme d’un autre âge portant une barbe blanche et des anneaux d’or à chaque oreille, un joyeux croisement entre un Père Noël défroqué pour sauver les gens du joug de la surconsommation et un pirate au long cours. Malgré sa tenue parfaite pour passer incognito, l’homme a un regard d’une bonté telle qu’on en oublie presque son poncho. Presque.
NDLB: On m’a posé la question, alors je précise… Notre Père Noël des Caraïbes au poncho sent le frais, est très propre de sa personne et son poncho est étrange mais immaculé… Maman Belette dirait même qu’il est propre comme un jeune ingénieur!

En face, une femme sort de son sac à main un petit pot en métal, qui rappelle les p’tits poudings Laura Secord, chantés par les p’tits Simard dans les années 70. Pour cette ritournelle inoubliable, par ici! Ne me remerciez pas pour le vers d’oreille, ça pourrait être pire, j’aurais pu mettre (La vie) Chante lalalala!

Au lectorat jeunesse: René Simard et sa soeur Nathalie ont marqué les années 70 et 80 en devenant de jeunes stars de la chanson québécoise. Oui, avant l’Internet! Une version concours de sous-sol d’église de Justin Bieber! Ils ont beaucoup donné dans le volatile, avec de grands succès comme L’oiseau et La danse des canards, vendus à des milliers d’exemplaires. Puis L’amour a pris son temps quand Nathalie portait Un tout petit bikini que désapprouvait Goldorak. Comme un cri du coeur, René répond Tourne la page! Vous vous demandez Comment ça va? Triste histoire. Maintenant, René fait surtout de la mise en scène et Nathalie fait… son possible, je pense.

Comme dans la chanson, la dame «tire la bobinette, pas besoin d’assiette». La chevillette ne cherre pas, mais pas besoin d’ustensile non plus, puisqu’elle lèche consciencieusement le couvercle de métal. Sans se couper, elle le plie pour en faire une cuillère de fortune et mange son p’tit pouding avec joie, bonheur et volupté. Elle lèche ensuite le contenant pour qu’il soit bien propre, avant de le ranger dans son sac à main et recommencer avec un deuxième p’tit pouding!

– Miam! Miam! Maman?! Quand est-ce qu’on arrive?

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Quand on perd un grand-père aux drôles d’histoires ou une vieille tante adorable qui faisait le meilleur sucre à la crème du monde, on perd aussi un peu de la mémoire d’une famille. Imaginez un village… Nos pensées vous accompagnent, gens de l’Isle-Verte…

6 avis sur « Chronique de l’Étrange: Une galette et un petit pot… »

  1. Chère Belette, merci pour ce beau papier et pour la mention des gens de l’Isle-Verte. Nous sommes de tout coeur avec eux.

  2. J’ai toujours hâte de vous lire et ça me fait sourire à tout coup. Pierrette Plourde

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