Chronique de l’Étrange: La danse des canards

10 De Lorimier, 18 h 12. J’ai faim. On dirait que que mon dernier repas a eu lieu jeudi dernier. Mon voisin de siège transporte un poulet rôti bien chaud et délicieusement odorant; un véritable acte criminel à cette heure! Vous ai-je déjà parlé de mon amour immodéré de ce délectable volatile? Élue Miss Poulet, je pourrais promettre de régler la faim dans le monde à coup de quarts cuisse! La tentation de lui faire une jambette pour me sauver avec le butin et le dévorer dans le parc Lafontaine avec un regard maléfique et satisfait est terrible! Heureusement pour lui, quand un vieux bonbon d’Halloween au-bon-goût-de-vert collé dans son papier, déniché dans le recoin plein de petites mousses du sac à main te comble de bonheur, on a le bonheur facile, ou vraiment faim…

Une dame très digne âgée d’environ 80 ans est assise en face de moi. Soigneusement coiffée, portant un beau manteau chic, elle porte à sa bouche sa main impeccablement manucurée… Pour en retirer son dentier! Elle soupire comme quand on enlève des chaussures trop petites puis GLOUP, le remet en place.

Monsieur Colomb, Chevalier de de son prénom, monte à bord. Oui, oui, le même que l’été dernier! La version 10 De Lorimier du lapin blanc d’Alice au pays des merveilles doit être encore en retard à sa réunion des Chevaliers de Colomb! Persistera-t-il à jouer au PDG des installations sanitaires de sa voix nasillarde de trompette bouchée??? Chose certaine, ce brave homme n’a peur de rien!

– Hé, le jeune! Donne-moi ta place, chu Chevalier de Colomb!
Surpris, le jeune à lunettes  de 10 ans dont le poids est inférieur à celui de son sac à dos, se lève sans demander son reste.
Marci ben. Bon, j’suis assis, là, Capitaine, vas-y! J’suis pressé, j’ai ma réunion des Chevaliers de Colomb, j’veux pas être en retard!

Toé le jeune à casquette, dans le fond!
Vous pis votre gros sac, restez pas dans le milieu d’la place, dans le fond! Non mais, tsé, une grosse madame avec un gros sac!
Pis vous aussi, dans le fond!

Surprenamment, certains obéissent ou l’engueulent! Le plus souvent, on l’ignore.

– Envoye, avance Capitaine! Donne du gaz, t’es capable! Plus vite, plus viiiiiiiiiite! Arrête pas, j’vas être en retard à ma réunion!! Arrête pas, sinon, je vais faire le canard! J’t’avertis, j’vas faire le canarrrrrd!!

L’autobus freine…

Monsieur Colomb se lève et bat l’air de ses coudes… Secoue la tête, les babines et le bas des reins comme un petit canard jaune qui sort de la mare, avec un son étrange mi-cheval, mi-Donald Duck qui attend Opération Nez Rouge…

Aucune syndrome post-traumatique en vue… Comme on a eu droit à ses voeux de Noël en juin, je suppose… En sortant, Monsieur Colomb lance à la foule soulagée:
– Bon ben, Joyeuses Pâques tout le monde!

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6 avis sur « Chronique de l’Étrange: La danse des canards »

    • Cher, chère Anonyme, désolée de vous avoir offert ce déplaisant vers d’oreille… Il faudrait d’ailleurs songer à mettre un moratoire sur les bruits de bouche… Essayez Jingle Bell Rock à la place, vous verrez, c’est très efficace!
      Joyeuses fêtes et merci de votre visite!

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