Chronique Foule sentimentale: Ma préférence à moi*

45 Papineau, soirée tranquille. Beaucoup de gens sont absorbés dans leur bulle technologique personnelle, à part la version maxi de Grincheux, dont je vous ai déjà parlé sur la page Facebook. Toujours vêtu de son manteau jaune canari et d’une tuque pointue rouge cette fois, il lit un livre intitulé «Imparfait, libre et heureux». Avec son sourire en année sabbatique, je devine qu’il ne s’agit pas de son autobiographie non-autorisée.

Parmi les gens hors-bulle, une dame fixe ses propres doigts avec l’attention que mériteraient les fesses de Claude Legault. Plus loin, un petit garçon dont les joues et le front ont mangé du spaghetti ce midi, teste sa capacité à parler sans respirer ET la patience de sa mère : JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonner?JpeuxSonnerrrrrrrrrrrr?
Prions pour qu’il ne descende pas au boulevard Henri-Bourassa!

Au centre, un homme ambidextre échevelé prend frénétiquement des notes au stylo Bic sur ses deux mains. Plus du style thèse de doctorat ou «Guerre et paix» que «N’oublie pas la p’tite à la garderie» ou «Rappeler Maman». À ce rythme effréné, ses manches de manteau vont aussi afficher complet très bientôt.

Au fond, un jeune couple se fait face en se tenant la main. Elle a environ 17 ans, lui peut-être 20 et semblent bien différents. Jolie et à la mode avec ses longs cheveux noirs méchés, Eloïsa est volubile et fait tinter ses bracelets en parlant. Plus timide, un peu Geek, Bruno, ou plutôt Brrrrouunô comme elle l’appelle, l’écoute avec intérêt raconter son cours de danse hip-hop. Ils blaguent ensemble. Ils sont vraiment mignons. Elle s’arrête brusquement.
– Quoi?
– Tou es beau, Brrrrouunô!
Elle se penche et lui caresse la joue. Il rougit jusqu’à la racine de ses cheveux blonds et bombe subtilement le torse, deux effets secondaires usuels d’un compliment de notre amour. Il l’embrasse tendrement sur le bout de son nez percé-diamanté et empoigne leurs deux sacs. Ils se lèvent pour descendre.

Je peux alors voir que Brrrrouunô a une tache de naissance, catégorie «pas drôle – personne ne mérite ça», qui couvre son oeil droit et presque toute sa pommette. Mais notre Geek un peu timide a du charisme et de l’humour, il est galant et gentil. C’est tout ce qu’Eloïsa voit. C’est tout ce qu’il y a à voir.

Merci Eloïsa! Cette fois, c’est Belette qui prend des notes.

* Julien Clerc, 1978

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2 avis sur « Chronique Foule sentimentale: Ma préférence à moi* »

    • Si j’ai trouvé, même juste un peu, les mots pour que vous puissiez les « voir », je suis bien contente, car ils étaient réellement beaux et émouvants, rafraîchissants! Malgré leur jeune âge, ils ont compris l’essentiel… Qui est invisible pour les yeux, comme chacun sait! Merci Josée pour tes bons mots et ta visite!

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