Chronique de l’Étrange: Monsieur Baboune

45 Papineau, heure de pointe du soir. L’autobus-accordéon est bondé à un point tel que même Jean-Marc Chaput ou Kermit la grenouille (selon votre âge) trouveraient ça pénible. L’air renfrogné, Monsieur Baboune monte. Vraisemblablement, sa journée n’est pas une longue pause dans une boutique de brownies. Malheureusement.

Après avoir eu maille à partir avec sa carte mensuelle, il s’enfarge, non pas dans les fleurs du tapis, mais plutôt dans un panier d’épicerie. Sachez que la pizza surgelée est à très bon prix cette semaine, puisque le panier en déborde. Lorgner les sacs dans l’autobus 45 est toujours une bonne façon de connaître les spéciaux; même plus besoin de consulter les circulaires!

Il reprend son équilibre pour éviter de justesse la décapitation par raquette de tennis, méthode révolutionnaire à laquelle les émeutiers parisiens n’avaient même pas songé.

Une mer de sacs à dos se dresse devant lui. Monsieur Baboune prend une grande respiration et tel un quart-arrière au Super Bowl, fonce de l’épaule pour se frayer un chemin vers l’arrière.
– C’est ça, c’est ça, baissez-les pas, vos maudits sacs à dos!
C’est obéissant, un sac à dos. Un étudiant qui écoute sa musique trop fort aussi.

Monsieur Baboune entrevoit enfin l’Eldorado, une oasis dans sa journée qui aurait pu inspirer Lisa Leblanc. Rendu là, on est moins difficile et l’oasis consiste en un siège libre jonché de journaux gratuits. Mais il se fait coiffer fort cavalièrement au fil d’arrivée par une dame au téléphone, qui raconte son abcès é-pou-van-ta-ble dans le menu détail. Il finit par s’asseoir, mais pas encore assez loin de la dame, qui explique ensuite son affreux traitement de canal.

Un peu plus loin, montent un homme et Mignon Bambin, signe astrologique «terrible two» ascendant bacon, portant un chandail «Here comes troubles!!!» qui hurle et proteste vigoureusement contre la Convention de Villeray, qui interdit les biscuits avant le souper.

Le duo hurlant approche dangereusement. Monsieur Baboune sent le découragement mais surtout la migraine l’envahir… Quoi encore!?!

Ils prennent place…

À côté de la voleuse de siège au traitement de canal! Le sifflet coupé, elle met fin à son appel et fait des guili-guilis-c’est-à-qui-c’te-beau-ti-bébé-là à Mignon Bambin. Il arrête d’hurler et sourit de toutes ses trois dents… En bavant joyeusement sur la jupe de la dame.

Monsieur Baboune sourit. Il aurait pu jurer que Mignon Bambin venait de lui faire un clin d’oeil.

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7 avis sur « Chronique de l’Étrange: Monsieur Baboune »

      • Le métro parisien est triste? Ça fait longtemps que je suis allée à Paris, la mémoire me fait défaut… C’est dommage, car comme on y passe de longs moments, ça peut être très distrayant, si on peut voir le tout avec des lunettes roses! Bonne journée, ma chère!

  1. J’ai ri tout le long (une oasis dans sa journée qui aurait pu inspirer Lisa Leblanc). et fut attendrie à la fin. Merci Belette!

    • Oh que ce n’est pas gentil de rire des malheurs des autres! 😉 Mais c’est tentant et ça fait du bien! Merci pour tes bons mots et tes encouragements chère Mylène, ça me fait toujours chaud au coeur! Il y a un peu de toi dans ce blogue!

  2. Chère belette, sachez que les parisiens restent d’indécrottables adeptes des pavés. Nostalgie oblige, probablement.

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