Chronique de l’Étrange: Vieux motard que j’aimais!

Vendredi soir, autobus 45 Papineau. Une pièce d’homme dans la cinquantaine avancée, parle au téléphone d’une voix ténébreuse. Appelons-le Monsieur Sourire.

Grand, costaud, le crâne rasé, tout de cuir noir vêtu, il porte de nombreux bijoux dont une croix ostentoirement grosse surmontée d’une impressionnante tête de mort et plusieurs tatouages, dont Mickey Mouse ne fait pas partie. Un «Hells Angel à pied», pour emprunter l’expression de Robert Charlebois, comme on en croise régulièrement dans le transport en commun. Où ces messieurs ont autant l’air dans leur zone de confort qu’une Madame Tupperware au Salon Chasse et Pêche.

– Beubé?
– (…)
– C’est moé. Grosse journée, Beubé. Y’a des gars qui cherchaient le trouble au bar… Ben, ils l’ont trouvé! Chu pas dur à trouver si on me cherche, tsé. Y viendront pas vendre des cochonneries au bar certain!
– (…)
– Non Beubé, inquiète-toi pas. Eux-autres vont se chercher un dentiste, un vrai bon, mais chu correct. J’voulais te dire que j’ai fini plus tôt, Beubé, Monster pis moé, on s’en vient.
– (…)
– Monster va bien, Beubé. Y’est correct! Chu tellement soulagé!
(sa voix tremble)
Imagine qu’on a failli le pâârdre! Je l’aime tellement, mon gros Monster méchant!

Monsieur Sourire tapote gentiment un petit sac de transport canin en satin imprimé léopard, qui rendrait Paris Hilton folle de jalousie. On y aperçoit Monster, un minuscule chien blanc frisé, qui porte des bouclettes de ruban bleu pâle aux oreilles et un t-shirt noir d’AC/DC!!

-(…)
– Moissi ch’t’aime comme un fou, Beubé! À tantôt, bye!

L’habit ne fait pas le moine et le nom ne fait pas le chien, on dirait!

Parlez-moi de ça, un homme qui assume son côté tendre et ne sent aucunement sa virilité menacée par un petit chien blanc frisé aux boucles bleu pâle!

Note: Pour les romantiques qui ont suivi avec passion et grand intérêt le courrier du coeur où «Coeur plein d’espoir» cherchait à entrer en contact avec «Blonde Inconnue Mystérieuse»… Sachez qu’il n’y a pas de suite à cette prémisse d’histoire pour le moment. Je ne sais même pas si cette jolie demoiselle a lu la Chronique… Je l’invite à se manifester en toute discrétion; respectueusement, j’aimerais bien avoir de ses nouvelles!

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2 avis sur « Chronique de l’Étrange: Vieux motard que j’aimais! »

  1. Yen a qui affichent une poker face dans la rue, d’autre qui s’habillent de façon « étrange » ou encore se maquillent outrageusement, comme des carapaces à leur nature hypersensible. Pour empêcher qu’on vienne y voir de trop près.
    Monsieur a choisi l’habit du biker.
    En tout cas, bravo à notre belette d’être allée voir derrière le masque.

    • Chère Emy, je te cite «comme des carapaces à leur nature hypersensible», quelle expression judicieusement choisie! C’est souvent le cas, tu as raison! Parfois, faut quand même un peu de bravoure pour s’approcher de plus près!
      Bon lundi, Emy!

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