Chronique de l’Étrange: Improbables tatouages

Autobus 45 Papineau, heure de pointe matinale. Une jeune femme bien habillée et coiffée en chignon, porte sur sa nuque gracieuse un tatouage. Jusque là, rien d’inusité. Mais le tatouage d’un gris-vert-pas-décidé a la forme d’un cintre.

Un cintre?!

Un support. Comme une enseigne de vestiaire ambulante. Mais pourquoi?? Est-elle la fille d’un nettoyeur ou a-t-elle besoin de… support moral? Touroutum pischhhh! Merci Montréal, mon prochain spectacle est dans une heure!

Toujours dans l’autobus 45, j’ai vu un jeune homme au mollet garni, sur toute sa musclée  longueur, d’un Hibachi tatoué façon bande dessinée, avec des yeux ébahis, un nez rond, et un immense sourire. Vous vous souvenez du Hibachi, ce barbecue à briquettes créé par l’homme des cavernes, tout juste après avoir inventé le feu? Qui met d’ailleurs tout ce temps à être assez chaud pour cuire une boulette? Pourquoi vouloir garder un souvenir impérissable de cet objet du musée des années 70, avec les chaises pliantes en bandelettes de toile, idéales pour coincer les cousins tannants et les matante Carmen?

C’est ce que je me disais.

Honnêtement, je dois faire une confession. Je ne comprends pas les tatouages; pour moi c’est bizarre, voire même de la torture. Quand j’aurai 98 ans, le personnel des Résidences Nuage dira:
– Madame Belette? Oh, tu peux lui parler, elle mord juste le jeudi. C’est la vieille haïssable à lunettes, celle qui n’a pas de tatouage.

Je peux comprendre l’idée de vouloir un souvenir indélébile d’une personne chère ou d’une épreuve traversée, un dessin esthétique, une phrase inspirante… Mais porter pour toujours un tatouage aussi improbable qu’un cintre, un Hibachi souriant, un immense doigt qui n’a d’honneur que le nom ou un code-barre de soupe en conserve, ça échappe complètement à ma compréhension!

C’est là mon erreur. Un tatouage, ce n’est pas tant un message que l’expression de soi. Une intimité, une voix intérieure qui s’expriment. Je n’ai pas à comprendre. S’affirmer ainsi, presque en silence, a ses avantages dans notre monde sonore, où chacun a toujours quelque chose à ajouter.  On peut prendre sa place, personne ne peut couper la parole. Enfin!

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5 avis sur « Chronique de l’Étrange: Improbables tatouages »

  1. Belette,
    J’ai une mauvaise nouvelle pour toi même vieille tu ne réussiras jamais à être haissable.

    • Vraiment??? Je suis donc déçue, là! Je vais redoubler d’efforts, au cas où ça fonctionnerait. Je commence demain! Collègues de bureau, surveillez vos cafés! 😉

  2. Chère Belette, ça dépend de l’âge de la jeune femme mais il se pourrrait que ce tatouage rappelle les années 70-80: les féministes et le mouvement des femmes utilisaient le support/cintre comme symbole pour dénoncer les avortements clandestins et revendiquer le libre choix et l’accès à des services d’avortement.

    • Chère Louise B., merci beaucoup! Je suis ravie d’apprendre cette symbolique que je ne connaissais pas… C’est vraiment très intéressant, merci d’éclairer ma lanterne éteinte! La jeune femme avait atteint le début de la trentaine, tout au plus… Mais il n’y a pas d’âge pour se souvenir ni pour avoir des convictions, je crois. Merci pour votre commentaire fort pertinent et pour votre visite!

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