Chronique de l’Étrange: Poussent, poussent, poussent, les bons gros légumes!*

C’est la saison des épluchettes! On savoure le blé d’inde tout frais, les doigts dégoulinants de beurre. Comme d’habitude, Robert égale son record de 26 épis et Jérémie fait du « double-dipping » dans la célèbre trempette de tante Huguette. Un rituel d’été incontournable et rassembleur! Alors hommage au maïs dans l’autobus!

Autobus 45, hiver tenace. Deux étudiantes dans la vingtaine jasent tricot.

Pourquoi pas? En fait, je suis trop loin pour entendre leur conversation… Imaginons un film muet, accompagné au piano d’un air tantôt guilleret, tantôt dramatique.

La Brunette à long toupet fouille dans son immense sac à main.
Elle sort deux sacs Ziploc extra-larges, remplis d’épis de maïs cuit, genre 8.

Gros plan sur les épis: TA-DAMMMM!!
Regard horrifié de l’amie.
Plusieurs sont… comment dire… Déjà semi-grignotés!!!

Généreuse, Brunette au long toupet veut partager.
Comme la poupée de la chanson, l’amie fait non non non noooooon.
Brunette pousse un soupir long comme février.
Elle range le maïs dans son sac et trouve son amie bien difficile.
Gros plan sur sa moue boudeuse.
FIN

Autobus 18 Beaubien, deux dames et trois enfants sont assis sur les strapontins. Chacun savoure son épi de maïs grillé sur le barbecue, avec d’appétissantes lignes noires, dans son papier d’aluminium.

Une mère grignote consciencieusement son épi de gauche à droite et revient à gauche à la fin de la rangée, on dirait qu’elle tape à la dactylo.

Au lectorat jeunesse: La dactylo est l’arrière-grand-mère de la tablette électronique. Pour l’apporter chez un ami, ce gros appareil au bruit terrifiant nécessitait une brouette. Dangereux, il coinçait les doigts entre les touches. On ne pouvait pas aller sur Internet avec ça, ni demander l’orthographe d’un mot. Il fallait vérifier dans le dictionnaire ou faire sa recherche dans UN LIVRE!!!!
L’enfer. N’essayez pas ça à la maison.

L’autre dame retire chaque grain avec ses doigts, c’est un peu long, ce jeu-là. Les enfants picorent et prennent des bouchées n’importe comment. Ils rigolent et jouent à Star Wars avec leurs épis. Grands sourires pleins de grains. Un tapis jaune et blanc commence à couvrir les sièges, les vêtements, le plancher…

Ça sent le charbon, la bonne odeur fumée des grillades.

Ça sent aussi le bonheur. Le meilleur parfum qui soit.

* Passe-Partout, 1982

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