Chronique de l’Étrange: Cuisse ou poitrine?

45 Papineau Sud, chaud vendredi après-midi. La température tropicale rend hommage à l’expression «transpire en commun» et mon visage est luisant comme une patate frite évadée de son sac de papier brun. Joie.

Cuisse.
J’aimerais ici m’adresser aux jeunes filles en fleurs qui ont décidé de pousser le sens du mot «short» à son paroxysme. Si on peut voir votre pas-de-gras-de-rond-de-fesse quand vous marchez, c’est trop court.
Trop d’information.
Pas assez de tissu.
Inversez la proportion, ce sera joli quand même, vous verrez.
Pas nous. Joie!

Poitrine.
Devant moi, une dame bien mise d’environ 45 ans, une toute jeune fille très vive d’environ 10 ans et un digne monsieur dans la cinquantaine ont une conversation très animée, dans une langue étrange et étrangère. Ça ne ressemble à rien de ce que je connais, même pas la Catilinaire de Cicéron apprise en secondaire 3 qui devait, nous avait-on promis, nous être très utile dans la vie.

Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra… (Jusqu’à quand abuseras-tu de notre patience, Catilina?)

Ce ne sera pas cette fois-ci, on dirait. Joie.

Rien ne me permet de deviner le sujet de la joyeuse discussion. Mais à chaque phrase, la dame empoigne avec entrain le tissu de son corsage servant à bien couvrir sa propre protubérance mammaire gauche. Le contenant et son contenu, soutien-gorge inclus. Avec enthousiasme, aisance, sans pudeur mais sans sensualité non plus. Comme si c’était un coude, à mon avis la partie la moins sexy du corps humain, avec le pli de genou.

Encore. Encore.

Et encore!

Le nombre de fois défait la thèse de l’accident, votre Honneur!

Parfois, la jeune fille se penche vers la dame et touche aussi ladite protubérance gauche en souriant. La droite est boudée, je ne sais évidemment pas pourquoi. Le digne monsieur, lui, ne met pas la main à la pâte. Ce serait indigne d’un gentleman, on n’est pas aux danseuses, après tout!

Mais de quoi peuvent-ils bien parler?!?

D’Angelina Jolie???

Advertisements

8 avis sur « Chronique de l’Étrange: Cuisse ou poitrine? »

  1. Ah! Belette, vous titillez en moi les reliques latines du jeune étudiant de Syntaxe que je fus jadis et qui, tel un espion en herbes (pas très fines je le sais bien aujourd’hui)cherchant à décrypter, dans les versions d’illustres romains dont les textes étaient au programme d’études, les secrets codés qui encore, restaient tapis au milieu d’innombrables terminaisons en -um, -ae, -orum etc…
    Que de mystères! Je me rappelle particulièrement que l’un d’entre eux, Lhomond je crois il s’appelait, dans son « De Viris » ( de l’Homme), reprenant la définition philosophique et ultime que Socrate ou Platon ( jamais été capable de les distinguer vraiment ces deux- là) avit enfin pu arrêter de l’Homme: « un bipède sans plume ». Au milieu de la docte assemblée où l’on en discourait, Lhomond rapporte qu »un joyeux drille projeta dans l’enceinte de discussion un coq déplumé en criant : « Voici votre homme »!
    Qu’aurait dit ces doctes romains si voyageant à vos côtés en ce samedi de canicule sur le 45? Devant cet étalage de cuisses et de poitrines se seraient-ils portée au secours de la modestie en s’écriant comme il était d’usage dans la grande Rome: « Do vestem pauperi! », Donne ta veste aux pauvres? Ou auraient-ils, comme nous, souri jusqu’au fond le l’âme de vos propos si délicatement hilarants?
    Merci.

    • Monsieur Lloutre, vous êtes en verve! Merci pour l’anecdote du coq, je la trouve bien amusante! Je ne sais pas ce qu’auraient dit ou fait ces doctes romains dans l’autobus 45, mais je crois qu’ils auraient été ébahis par bien plus que des cuisses et des poitrines…! Merci de votre commentaire!

  2. « Ça ne ressemble à rien de ce que je connais, même pas la Catilinaire de Cicéron apprise en secondaire 3 qui devait, nous avait-on promis, nous être très utile dans la vie. » 🙂 Et pour ce qui est de la suite, le monsieur précédent a si bien dit, que je me tais.

    • Chère Mylène, bonsoir! Je n’ai jamais su à quoi devait servir la Catilinaire mais chose certaine, ça exerce la mémoire, puisque je me souviens de nombreux passages par coeur, toutes ces années plus tard!
      Dis-moi, as-tu eu le loisir de lire la chronique Accordez-vous donc, c’est si beau l’accordéon? Je me demandais ce qu’une experte en danse et en mouvements comme toi dirait de ma description de la chorégraphie?
      Merci de ta visite et de ton commentaire!

  3. Vous n’avez rien compris Belette, il s’agissait d’un cours de mammographie initiatique tel qu’on le pratiquait au temps de Diogène. Malheureusement, il y a embargo sur les tonneaux à bretelles dans nos transpires en comme eux et ils ont dû se résigner à effectuer la chose comme on dit « commando »…

    • Cher Solide Gringalet, merci de cette hypothèse nouvelle et inédite sur le sujet, c’est bien la dernière chose à laquelle j’aurais pensé! MDR! On peut toutefois se réjouir de l’embargo sur les tonneaux à bretelles, en plus d’être inesthétiques et peu seyants, ils prennent vraiment beaucoup de place. Vous me direz que c’est la même chose pour les pantalons de Yo ou les carrosses d’épicerie en broche, mais c’est un autre débat.
      Je suis ravie de votre visite et de votre commentaire, cher ami. N’oubliez pas le sage conseil de Maman Belette et allez vous abonner ! 😉

  4. Excellente chronique qui m’a ouvert l’appétit Belette. Maintenant je veux un quart de poulet. Je me sens triviale après tant d’érudition.

Les commentaires sont fermés.