Chronique de l’étrange, 45 Papineau: Un zoo la nuit*

Vendredi, 1 h du matin. Je prends la dernière 45, celle qui ramène au bercail les brebis (et belettes!) égarées, les ados transformés en citrouille et autres fêtards un peu pompettes.

Une jeune femme raconte sa nouvelle diète au téléphone. Elle en a autant besoin que moi d’un dentier à diamants qui joue le Minuit Chrétiens. Son public captif (et non captivé, nuance!) doit l’aimer beaucoup ou dort sur la ligne sans ronfler.
– J’ai mangé deux toasts au beurre d’amandes, avec un café pour déjeuner. Pas de fruits, faut pas manger des fruits, ça fait du sucre!
Ça pourrait être pire, faire du Splenda!
J’ai mangé un sandwich au poulet pour diner, pas de mayonnaise, faut pas manger de mayonnaise, c’est gras!
Je proteste! Fondons la «Coalition pour le droit à la mayonnaise grasse, libre et gratuite» !

Un honnête travailleur de soir somnole, la bave au menton. BAM! BAM! BAM! Crevé, il est à peine dérangé par un jeune homme trop heureux jouant de la batterie sur un poteau avec sa bouteille d’eau vide.

Une superbe femme applique généreusement du rouge ultra-brillant sur ses lèvres pulpeuses. Elle corrige du doigt une trace causée par un nid de ptérodactyle dans la chaussée. Vite, vite, elle regarde autour, personne ne la voit…
Erreur!!!
Elle s’essuie les doigts sur le côté du banc, maintenant largement décoré de rouge à lèvres brillant.
Si notre Beau au bois dormant baveux y colle sa manche par inadvertance, le pauvre devra dormir dans le cabanon avec le chien pour une bonne semaine!

Miss Diète continue toujours:
– Pis là, j’ai bu 5 bouteilles d’eau… Ben des p’tites, là!
Sérieusement, une personne écoutant ça à 1 h du matin mérite un prix Nobel de patience.

Un jeune Yo monte à bord. La hauteur de son pantalon est inversement proportionnelle à celle de son ego. Casquette des Expos à l’envers, il se plante devant Miss Diète qui cause-toujours-tu-ne-m’intéresses-pas-vraiment. L’air grave, il lui présente son poing fermé. Le sens de l’humour ne semble pas sa qualité première.
– Tu appuies sur le poing?
– Pardon?
– Tu appuies sur le poing, ça veut dire le respect.
– Ah, ok!
Elle s’exécute avec un sourire forcé.

Il se plante devant moi.
Je ne sais pas trop ce que je respecte, ni pourquoi, mais je suis d’accord!!!

Il fait le tour de toute la section post-accordéon et exige le respect de chacun des passagers. Satisfait, il s’assoit au fond, met ses pieds sur le banc et sort de son sac une canette de boisson énergisante à laquelle il rajoute de la vodka. Ainsi qu’un couteau, pour se curer les ongles. La nuit sera longue.

* Film de Jean-Claude Lauzon, 1987

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6 avis sur « Chronique de l’étrange, 45 Papineau: Un zoo la nuit* »

  1. Belette, il y a des régimes qui ne sont pas amincissants. Certains sont de nécessité médicale, d’autres pour faire du muscle, avoir plus d’énergie, nettoyer son organisme et j’en passe. Bon ok, ta muse a juste l’air futile-et-superficielle-à-vouloir-perdre-un-os-et-suivre-la-mode.

    • Bonsoir Emy,
      Tu as raison, il y a toutes sortes de régimes. Tu fais bien de le préciser. Mais à vue de nez et d’oreille, Miss Diète ne semblait pas avoir besoin d’un de ces régimes « pertinents ». C’est un peu triste en fait, car elle n’avait pas l’air si superficielle. Fort jolie et avec une silhouette tout à fait gracieuse, elle avait l’air de quelqu’un qui se cherche un peu,
      Merci de ta visite!

  2. « Un zoo la nuit », l’intelligence du choix de votre analogie me ravi!
    N’est-ce pas dans ce film très tendre que, père et fils détrempés dans la chaloupe sous la bruine, l’un des deux entreprend de « caller » la truite qui ne mord pas?
    Dans le zoo de votre bus, chacun son « calle » on dirait…

    • Merci du compliment, Monsieur Lloutre! Je crois que vous parlez bien du bon film, une grande oeuvre. Et dans l’autobus 45, la truite ne mordait pas non plus!
      Merci de votre visite!

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