Chronique Express: Quel numéro, what number?

Autobus 80 Avenue du Parc, heure de pointe du soir. Le véhicule-accordéon est bondé. Le nez dans l’aisselle d’un inconnu, j’essaie de me cramponner à une courroie qui, nids-de-poule obligent, me confond avec un ballon-poire. Le grand confort.

Soudain, un homme frisé se lève d’un bond. Non, il n’offre pas sa place à la dame de 112 ans, debout avec sa canne et un gigantesque panier à roulettes. Pâle, abasourdi, pétri d’émotions contradictoires, complètement paniqué… Vient-il d’apprendre que Denis Coderre se présente à la mairie de Montréal?

Il fouille frénétiquement ses poches de pantalon, de manteau… Fait l’inventaire de son sac à dos, des poches du sac à dos… Vide son sac d’épicerie, révélant qu’il aime les crevettes accompagnées de confiture et d’antisudorifique… Le souffle court, il interpelle une jolie dame assise à ses côtés:

– Pardonnez-moi de vous déranger, Madame, avez-vous un cellulaire?
– Oui, pourquoi?
– J’ai peur d’avoir perdu le mien. Pourriez-vous m’appeler au 514-555-123456?
– Oh non! Attendez un instant! 514-555?
– 123456.

Les secondes s’égrènent au compte-gouttes… La foule captive, qui n’a rien perdu de l’échange, ni du numéro, retient son souffle…

Alors résonne la musique de Star Trek!

L’homme frisé est soulagé et doublement heureux. Non seulement il n’a pas perdu son cellulaire… La belle dame rougissante a accepté d’aller prendre un café!!!

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8 avis sur « Chronique Express: Quel numéro, what number? »

  1. Ce qui ajoute encore plus au croustillant de la narration et de la scène, c’est que le poste d’observation de Belette Optimiste est campé d’entrée de jeu: « Le nez dans l’aisselle d’un inconnu, j’essaie de me cramponner à une courroie qui, nids-de-poule obligent, me confond avec un ballon-poire. » C’est ainsi postée qu’on l’imagine lorsqu’elle décrit:  » Les secondes s’égrènent au compte-gouttes… La foule captive, qui n’a rien perdu de l’échange, ni du numéro, retient son souffle… » 😀

  2. Chère Mylène, tu as vu juste! La foule captive, ainsi que moi-même, n’avons rien perdu de la scène et retenons notre souffle… Pas simplement par curiosité maladive (le syndrome du « wéreux ») ou empathie, mais aussi parce que nous n’avons pas le choix! 😀

  3. Avant…quand on perdait et qu’on ne parvenait pas à retrouver, en désespoir de cause, il restait à invoquer St-Jude, patron des causes désespérées: c’est sans doute parce qu’il n’avait pas de cellulaire qu’on était rarement exaucé!

  4. St-Jude pouvait cependant compter sur des auxiliaires: St Antoine pour les objets perdus et Ste-Prune, patronne des étourdis.

  5. Quant au réseau « Urbi et Orbi » auquel vous faites si justement référence, il traitait les demandes en latin…de sorte que la plupart ont été « perdues dans la traduction » et languissent probablement encore dans un purgatoire de données quelque part juste à côté de celui des bas et des gants égarés.

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